La droite et le rêve américain de Macron

Le principal conseiller politique d’Emmanuel Macron avait exposé en septembre, on ne peut plus clairement, le projet présidentiel d’un « grand parti démocrate français, d’ici aux législatives ». Le moins que l’on puisse dire, c’est que les candidats à la primaire de la droite se fondent dans ce paysage.

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À première vue, cette primaire, qui doit désigner le candidat Les Républicain à la présidentielle, n’a rien d’affriolant. C’était un peu, lundi soir, au moins pour les principaux prétendants, le jeu des sept erreurs. Comment repérer des différences dans les discours de Michel Barnier, Xavier Bertrand et Valérie Pécresse ? Faute d’avoir l’œil assez exercé, le petit collège d’électrices et d’électeurs appelés à départager les participants – le vote se tiendra du 1er au 4 décembre – se déterminera à partir de critères à faible contenu politique. Les rivalités claniques feront leur œuvre. On sait déjà que Sarkozy s’agite dans l’ombre pour imposer Pécresse, et Wauquiez pour Michel Barnier. Xavier Bertrand, lui, fera valoir ses bons sondages. Il est pour l’heure – mais de peu – le mieux placé pour accéder au second tour de la présidentielle. Les militants lui feront-ils payer une escapade hors du parti dont il est revenu aussi penaud que la Pomponette de Pagnol ? Présentée comme ça, cette primaire paraît en effet dérisoire. L’enjeu n’est pourtant pas négligeable. La question à laquelle il sera répondu dans six mois a même une portée historique : existera-t-il encore au printemps prochain une droite parlementaire, héritière de l’UMP, née de la fusion de 2002 ? Ou pour poser la question autrement, peut-il encore exister un parti de droite, entre l’hégémonisme macronien et l’extrême droite ?

C’est un peu du rêve américain de Macron qui se joue. On en connaît les contours : lui incarnerait un grand parti démocrate solidement ancré à droite, tandis que l’extrême droite se réincarnerait en parti républicain, façon Trump, conservateur, xénophobe et raciste. Dans ce schéma, la gauche serait marginalisée, ou contrainte d’intégrer le parti présidentiel pour en constituer une aile gauche soumise à la doxa libérale. Le principal conseiller politique d’Emmanuel Macron, Stéphane Séjourné, avait exposé en septembre, on ne peut plus clairement, le projet présidentiel d’un « grand parti démocrate français, d’ici aux législatives » (1). Le moins que l’on puisse dire, c’est que les participants au débat de lundi se fondent dans ce paysage encore imaginaire. Éric Ciotti a plus qu’un pied à l’extrême droite, dont il a déjà le vocabulaire – « le grand remplacement ». Héritier revendiqué de Fillon, il est le candidat de toutes les ruptures : à bas l’impôt et mort à l’État-providence ! Retour au droit du sang ! Les candidats ont servi la cause d’Emmanuel Macron chaque fois qu’ils ont tenté jusqu’au ridicule de le faire passer pour un homme de gauche. Ce qui n’est plus même crédible aux yeux de beaucoup de militants LR. Une figure importante du parti, le maire de Nice, Christian Estrosi, l’a bien compris en annonçant d’ores et déjà qu’il voterait Macron. Il a sans doute la logique pour lui. Les prétendants ont feint d’oublier que certains de leurs amis, Bruno Le Maire, Gérald Darmanin, Jean Castex – et pas les plus gauchistes –, sont déjà au pouvoir à des postes clés.

Sans parler d’Édouard Philippe envoyé en mission sur les terres du parti de Christian Jacob pour ratisser encore un peu plus à droite. Les candidats LR, pris dans leur entre-soi, ont d’ailleurs oublié beaucoup de choses. La résistance du mouvement social par exemple. Le covid, dont il n’a jamais été question, sauf par le médecin Philippe Juvin, timide défenseur des services publics. C’est à qui repoussera le plus l’âge du départ à la retraite. À qui dénoncera le plus véhémentement les « dérives de l’assistanat » et les « abus » des chômeurs qui refusent un emploi. Comme si ce côté, libéral, n’était pas déjà bordé par la Macronie. Il leur reste pour s’en distinguer l’immigration et la sécurité. Mais là, le moindre pas de côté, et c’est l’encombrant voisinage de Zemmour ou de Le Pen. Il faudrait par exemple fermer les « mosquées salafistes », sans autre forme de procès, renvoyer chez eux plus de quatre mille étrangers fichés « S », interdire aux mères voilées d’accompagner leurs enfants et le voile à l’université. C’est chaque fois faire peu de cas du droit et de la laïcité, oubliés et piétinés avec à peine moins de hargne que par les deux têtes de l’extrême droite. Comme sont foulés aux pieds le libre arbitre des juges et le principe d’individuation des peines dans une folle surenchère sécuritaire. Les immigrés ne sont plus que des statistiques, des délinquants ou des islamistes. Jamais des êtres humains qui fuient une guerre, une dictature, ou la grande misère.

Il est d’ailleurs remarquable de noter que c’est Ciotti, parce qu’il ose tout, qui a mené la danse. Par instants, sur la question du voile notamment, Pécresse et Barnier montraient leur embarras. Enfin, le déni de réalité et l’ivresse productiviste ont atteint un sommet quand, in extremis, il a été question d’écologie. L’un veut six EPR, l’autre, Xavier Bertrand, en veut dix… Comme si notre pays n’échouait pas à en finir un seul, après dix ans de problèmes techniques et dix-sept milliards de surcoûts. Moralité, ce n’est pas de ce côté-là que l’on résistera à la grande recomposition macronienne. Aussi mal en point soit-elle, c’est à la gauche, et au mouvement écologiste, que reviendra de proposer une alternative à un projet qui vise à imposer à notre pays un dogme libéral et à cantonner les débats dans des thèmes sécuritaires et identitaires.

(1) Entretien au JDD du 4 septembre.


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