L’insoutenable question énergétique

La crise n’a pas seulement une connotation économique, elle est géopolitique.

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Depuis le premier choc pétrolier de 1973, l’actualité est régulièrement secouée par la hausse du prix de l’essence et par la fiscalité liée (1982, 1994, 2000, 2004, 2008, 2018). Faut-il baisser la fiscalité spécifique, la TVA, pour compenser une hausse du prix mondial des énergies fossiles ? Pendant longtemps, une taxe flottante a été mise en place pour compenser les variations erratiques du prix du baril de pétrole. En 2008, année record de ce prix, à 147 dollars, la France avait pu amortir le choc en baissant la fiscalité mais, aux États-Unis, l’absence de fiscalité liée n’avait pas pu compenser cette hausse brutale. Cela a été un élément d’amplification de la crise des subprimes. Les ménages américains ont subi un effet ciseau avec une baisse de leur revenu et une hausse de leurs dépenses.

Mireille Bruyère (1) a décrit les raisons de cette hausse, qui est inéluctable. Même si la fiscalité était nulle, le prix des énergies fossiles continuerait à augmenter, car celles-ci sont non renouvelables, les stocks diminuent ou le coût d’extraction augmente à l’infini. Les pétroles et les gaz de schiste ont été une solution transitoire, mais avec l’effet collatéral d’être plus polluants. La raison principale de ce rebond, toutefois, est la même qu’en 2008 : le niveau élevé de la production en Chine crée une tension sur le prix de toutes les matières premières : cuivre, zinc, étain, etc. ont des records supérieurs aux niveaux de 2008. Il y a aussi des tensions sur les produits agricoles, qui subissent la dégradation des conditions climatiques. La crise des subprimes avait déjà révélé l’instabilité du régime de production libéral-productiviste. Le ralentissement de la croissance depuis 2008 et le grand confinement de 2020 ont freiné l’implosion, mais il semble que ce soit terminé. La crise ne prend pas seulement une connotation économique, elle est géopolitique, à la frontière entre Pologne et Biélorussie, entre Pakistan et Inde, Venezuela et Colombie, en mer de Chine…

Les signes d’insoutenabilité de ce régime de croissance sont de plus en plus nombreux. Pourtant, au lieu d’organiser un sursaut, c’est la sidération qui l’emporte. Les discours ne sont pas performatifs. La situation se dégrade à l’échelle planétaire ; aucun territoire n’est épargné. Aucun effondrement global ne se dessine encore, mais de multiples zones de fracture apparaissent. Et l’effet rebond prend une nouvelle tournure, plus inquiétante : « Une demande [énergétique] en essor systématique à cause de la sortie du charbon et du développement des renouvelables intermittents, et en face une production domestique en déclin irréparable (2). » Une note d’optimisme : « Il apparaît plausible que les limites géologiques soient un aiguillon plus important que le climat pour nombre d’États et de géants industriels dans l’évolution de leur stratégie de transition énergétique (3). » L’exploitation difficile des énergies fossiles va ralentir leur consommation et aider le climat, comme le covid-19 a ralenti la consommation énergétique.

Par Jérôme Gleizes Enseignant à Paris-8.

(1) Lire « L’énergie de décroître », Politis, 6 octobre 2021.

(2) « Métaux critiques, charbon, gaz, pétrole : nous entrons dans les récifs », Matthieu Auzanneau, 12 octobre 2021, blog « Oil Man », sur www.lemonde.fr

(3) Ibid.


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