Nouvelle Calédonie : Un référendum (néocolonial) pour rien ?

Le référendum d’autodétermination de ce 12 décembre s’est déroulé dans le calme, mais seuls 43,88 % des électeurs se sont rendus aux urnes.

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n coup pour rien ! Ces résultats ne peuvent que rendre beaucoup plus difficiles les discussions pour le jour d’après. » C’est ce qu’a déclaré, au lendemain du référendum du 12 décembre, Jean-François Merle, ancien conseiller pour l’Outre-mer de Michel Rocard à Matignon, que l’on peut à bon droit considérer comme l’architecte des accords de paix en Nouvelle-Calédonie de 1988 – après une décennie de durs affrontements entre Kanaks et loyalistes –, visant à « la refondation d’un contrat social entre toutes les communautés qui [y] vivent ».

Certes, le référendum d’autodétermination de ce 12 décembre, le troisième et le dernier prévu par l’accord de Nouméa (1998), s’est déroulé dans le calme et, s’il s’était agi d’un scrutin « normal », serait parfaitement valable juridiquement. 96,49 % des suffrages exprimés ont dit « non » à l’indépendance. Sauf qu’en raison de l’appel au boycott du scrutin par les organisations indépendantistes, seuls 43,88 % des électeurs se sont rendus aux urnes, contre 85,69 % au second référendum en octobre 2020. La carte de l’abstention, par régions, est (quasi) parfaitement superposable à celle de la répartition démographique de l’archipel. Ainsi, la participation dans la région des îles Loyauté, presque uniquement peuplée de Kanaks, atteint à peine 4,5 % des inscrits…

Massivement – et principalement – frappée ces derniers mois par la pandémie de covid-19, la population kanake observe en effet un deuil, assez long, décrété officiellement par le Sénat coutumier, instance officielle promouvant les traditions kanakes. Or Paris a délibérément refusé d’en tenir compte et s’est assis sur les engagements de l’ex-Premier ministre Édouard Philippe, qui, en octobre 2019, lors du dernier comité des signataires de l’accord de Nouméa, avait « exclu que cette troisième consultation puisse être organisée entre septembre 2021 et la fin d’août 2022 », afin de « bien distinguer les échéances électorales nationales et celles propres à la Nouvelle-Calédonie ».

Jean-François Merle compare la situation à celle « de deux équipes sur un terrain de football, mais où l’une constate que sa partie du terrain est complètement endommagée et qu’en plus l’arbitre a tendance à jouer avec l’autre équipe ; forcément, la première a préféré quitter le terrain… ». La relation de confiance entre les deux parties vient donc d’être « très abîmée ». Espérons seulement que ce passage en force gouvernemental n’efface pas trente-trois ans de longs et patients efforts communs vers une paix durable, reposant sur la « pleine reconnaissance de l’identité kanake » bafouée durant plus d’un siècle.


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