Dans les camps du Kurdistan irakien, « se construisent les terroristes de demain »

Aux portes du Kurdistan irakien, le camp de Hassan Cham accueille des milliers de personnes suspectées d’avoir prêté allégeance à Daech. Rejetées par toutes les communautés, sans solution ni perspective, elles errent entre désespoir et colère. Une véritable bombe à retardement.

Laurent Perpigna Iban  • 5 janvier 2022 abonné·es
Dans les camps du Kurdistan irakien, « se construisent les terroristes de demain »
À l’intérieur du camp, se croisent tous les profils: anciens de Daech, veuves avec enfants, victimes, familles dont les villages ont été détruits.
© Laurent Perpigna Iban/Hans Lucas
"Il n’y a rien à faire ici, c’est une prison. Nous mourons de chaud l’été, de froid l’hiver, et d’ennui toute l’année. Mais si nous partons d’ici, alors nous risquons d’être tués. Je n’ai plus aucun espoir que la situation s’arrange pour moi. » Alwan, 26 ans, est assis en tailleur à l’ombre de sa tente. À ses côtés, une dizaine de jeunes hommes : tous ont entre 20 et 30 ans, sont suspectés d’avoir jadis intégré les rangs de l’organisation État islamique (EI, aussi appelée par son acronyme arabe, Daech) et n’en finissent plus de ressasser un impossible quotidien dans le camp de déplacés irakien de Hassan Cham. Depuis plusieurs années déjà, ils sont bloqués dans ce labyrinthe de tentes qui a poussé en 2016 entre Erbil, la capitale de la région autonome du Kurdistan irakien (KRI), et l’ancienne capitale irakienne de l’organisation État islamique, Mossoul. Abdallah, un jeune Mossouliote de 22 ans, enrage : « Si je sors du camp, où que j’aille, je serai emprisonné ou tué. » Car l’endroit a pour particularité de se situer dans les territoires disputés entre la région autonome du Kurdistan et l’État fédéral, quelques centaines de mètres après le dernier check-point kurde. Et quelques kilomètres avant celui, -irakien cette fois, qui mène à Mossoul. Une ligne de démarcation sans juridiction claire. Une zone blanche où sont retenus prisonniers quelque 6 000 résidents, dont 1 700 enfants. Règne de l’arbitraire Si tous les camps de déplacés qui ont essaimé dans le nord de l’Irak ces dernières années ont abrité de nombreux profils suspects, la majorité des personnes qui croupissent ici auraient eu des liens, de près ou de loin, avec l’organisation État islamique. C’est du moins ce qu’assure Mivan Akey, membre de la fondation Barzani (1) et responsable du camp : « Il y a plusieurs centaines de veuves de jihadistes avec leurs enfants. Et des gens qui ont eu des connexions, parfois minimes, avec Daech. Parmi les cas les plus compliqués à gérer, nous avons la présence de trois cents hommes seuls, pour la plupart de jeunes adultes et pour qui les liens avec l’organisation ont été clairement établis. » Sans surprise, Abdallah, Alwan, Latif et leurs compagnons
Envie de terminer cet article ? Nous vous l’offrons !

Il vous suffit de vous inscrire à notre newsletter quotidienne :

Vous préférez nous soutenir directement ?
Déjà abonné ?
(mot de passe oublié ?)
Monde
Temps de lecture : 13 minutes

Pour aller plus loin…

La bande de Gaza engloutie par les déchets
Reportage 23 avril 2026 abonné·es

La bande de Gaza engloutie par les déchets

Depuis deux ans et demi, les résidus alimentaires et médicaux de l’enclave palestinienne ne sont plus traités ni collectés. Une autre urgence sanitaire pour une population déjà asphyxiée par le quotidien d’une guerre sans limite.
Par Shima Elnakhala et Céline Martelet
Pinar Selek : « La mobilisation des Kurdes a créé d’autres possibles au sein de l’espace turc »
Entretien 22 avril 2026 abonné·es

Pinar Selek : « La mobilisation des Kurdes a créé d’autres possibles au sein de l’espace turc »

La militante féministe et libertaire turque, sociologue à l’université de Nice, raconte sa découverte de la question kurde en Turquie, lutte qui a été pour elle une école d’émancipation individuelle et collective. Et qui lui vaudra incarcération et tortures, avant l’exil en France. Dans son livre Lever la tête, elle témoigne des persécutions subies.
Par Olivier Doubre
À Barcelone, un sommet pour relever le centre-gauche… et sauver Pedro Sánchez
Récit 21 avril 2026 abonné·es

À Barcelone, un sommet pour relever le centre-gauche… et sauver Pedro Sánchez

À Barcelone, la Global Progressive Mobilisation a rassemblé des milliers de responsables politiques pour afficher une relance du centre-gauche international. Une vitrine bienvenue pour Pedro Sánchez, en difficulté sur le plan intérieur.
Par Pablo Castaño
La paysannerie mondiale résiste encore
Reportage 20 avril 2026 abonné·es

La paysannerie mondiale résiste encore

Depuis 1996, le 17 avril marque la journée internationale des luttes paysannes. Face à la libéralisation des échanges et à l’accaparement des terres, le mouvement altermondialiste La Via Campesina coordonne la résistance de 200 millions de paysans à travers le monde.
Par Alix Garcia et Louis Meurice