Éric Zemmour : Réécrire le passé pour mieux haïr au présent

L’historien Laurent Joly, spécialiste de la Shoah et de Vichy, éreinte la « falsification » de l’histoire de cette période par Éric Zemmour. Tandis qu’un livre collectif pourfend, lui, l’ensemble des manipulations zemmouriennes de l’histoire de France depuis Clovis.

Olivier Doubre  • 26 janvier 2022 abonné·es
Éric Zemmour : Réécrire le passé pour mieux haïr au présent
Philippe Pétain à la sortie du conseil des ministres, à Vichy, le12 août 1941.
© AFP

Quand son propre camp a commis des crimes odieux, des actes inqualifiables, marqués par la plus grande lâcheté et surtout la plus grande cruauté, contre des femmes, des enfants, des vieillards et des hommes marqués comme des bêtes, il devient vital de falsifier l’histoire, le récit du passé et sa mémoire. Dès le procès du maréchal Pétain à l’été 1945, ses défenseurs, avocats et partisans inventèrent ainsi la thèse « du glaive et du bouclier » : l’un, de Gaulle, continuant le combat contre l’envahisseur aux côtés des Alliés ; l’autre, Pétain, supposé « protéger » les Français contre la brutalité de l’occupant nazi (et leur éviter de connaître le sort subi, par exemple, par les Polonais). Chacun sait aujourd’hui, et beaucoup savaient à cette époque même, que cette grotesque mystification n’était destinée qu’à tenter de sauver aux yeux de l’opinion le chef de l’État français, les traîtres, les tortionnaires de la Milice et autres collabos.

En 1973, le jeune historien états-unien Robert Paxton publiait La France de Vichy (Seuil), tiré de sa thèse de doctorat. Selon son préfacier et directeur de thèse, Stanley Hoffmann, l’ouvrage constituait une véritable « rupture », « l’apport de Paxton [étant] révolutionnaire ». Il montrait d’abord que Vichy n’a « pas joué l’effet de bouclier » épargnant des souffrances aux Français, et surtout qu’il n’y a pas eu de « double jeu » de la part de Pétain. Mais l’apport le plus retentissant de l’ouvrage était de dévoiler que l’instauration du statut des juifs par Vichy, le 4 octobre

Envie de terminer cet article ? Nous vous l’offrons !

Il vous suffit de vous inscrire à notre newsletter quotidienne :

Vous préférez nous soutenir directement ?
Déjà abonné ?
(mot de passe oublié ?)
Idées
Temps de lecture : 8 minutes

Pour aller plus loin…

Ce que l’intelligence artificielle fait au langage humain
Analyse 24 juillet 2026 libéré

Ce que l’intelligence artificielle fait au langage humain

Les grands modèles de langage produisent des textes toujours plus convaincants à mesure que nous les entraînons. Une puissance d’imitation qui conduit à réinterroger les critères qui fondent la valeur du langage et ce qui fait sa créativité.
Par Juliette Heinzlef
« L’IA générative crée une aliénation langagière et idéologique »
Entretien 24 juillet 2026 abonné·es

« L’IA générative crée une aliénation langagière et idéologique »

Le linguiste François Rastier observe les effets des chatbots sur les humains. Chute de la diversité linguistique, risque populiste, amplification de la désinformation… Il déplore l’absence de cadrage juridique et appelle à promouvoir le « fait humain », comme on le fait par exemple pour le bio.
Par Juliette Heinzlef
Le jeu vidéo, une bonne partie d’utopie
Analyse 23 juillet 2026 abonné·es

Le jeu vidéo, une bonne partie d’utopie

Qu’il s’agisse de collecter les déchets d’une nature postapocalyptique ou d’incarner un agent de douane dans une dictature fictive, l’espace vidéoludique s’apparente, au-delà du divertissement, à un terrain d’expérimentation politique.
Par Juliette Heinzlef
Zidane, sociologie d’un génie
Essai 22 juillet 2026

Zidane, sociologie d’un génie

Stéphane Beaud a choisi le footballeur – sélectionneur pressenti de l’équipe de France masculine de football – comme objet d’étude, depuis ses origines familiales immigrées jusqu’à cette figure de prodige du ballon rond.  
Par Olivier Doubre