LGV : un retour à grande vitesse

Enterré au début du mandat d’Emmanuel Macron, le projet de liaison rapide Bordeaux-Toulouse et Bordeaux-Dax est ressorti des cartons et tente de passer en force. Mais associations, citoyens et élus freinent des quatre fers.

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On le pensait enterré pour longtemps, mais le voilà qui ressurgit brutalement : le projet de ligne à grande vitesse (LGV) dit GPSO (Grand Projet du Sud-Ouest Bordeaux-Toulouse et Bordeaux-Dax).

La rapidité avec laquelle ce projet redémarre est stupéfiante. D’autant plus que c’est le président Macron lui-même qui avait enterré la politique LGV dès le début de son mandat, en juillet 2017, déclarant qu’il fallait « ne pas relancer de grands projets nouveaux mais s’engager à financer tous les renouvellements d’infrastructures ».

Or voilà que, subitement, le même homme nous annonce en septembre 2021 : « Je peux vous dire que, quand le TGV n’arrive pas ou ne passe pas par une ville, c’est terrible […]. La décennie 2020 sera la décennie TGV. » Et depuis cette annonce fracassante, tout s’est enchaîné très vite. Fin septembre 2021, les présidents des collectivités des régions Nouvelle-Aquitaine et Occitanie sont convoqués à la préfecture de région où on leur explique qu’ils devront participer au financement de la LGV GPSO. Une participation qui n’a rien de modique, puisque les 26 collectivités locales concernées doivent trouver 5,6 milliards d’euros (1).

Il est d’ailleurs très surprenant de demander la participation des seuls citoyens habitant au sud des lignes : les Parisiens ne paieront pas. On voit bien l’argument qui fonde cette logique : la LGV serait un cadeau fait à ces indigènes du bout de la France, que l’on va ainsi désenclaver une bonne fois pour toutes. Un cadeau empoisonné ! Rapprocher Paris ou Bordeaux des fins fonds du Sud-Ouest signifie surtout raccourcir le temps de trajet vers la future résidence secondaire de week-end ou le domicile secondaire de télétravail pour certains secteurs au pouvoir d’achat bien supérieur à celui des populations locales, a fortiori dans les classes populaires.

Dégâts écologiques et sociaux

Ainsi, certains habitants se voient expulsés de leur logement par un tsunami de congés pour vente et doivent déménager loin de leurs lieux de travail et d’activités diverses. Dans un territoire aux transports collectifs sous-développés, comme au Pays basque, cela les condamne à des trajets automobiles quotidiens et à des embouteillages monstres, épuisants et désastreux sur le plan des émissions des gaz à effet de serre. Le train normal est un allié du climat. La LGV, outil par excellence de déménagement des territoires, en est un des ennemis résolus, quel que soit le greenwashing qui l’entoure.

Revenons-en à la rapidité imposée pour valider les financements, qui prive du temps nécessaire de respiration démocratique pour mesurer l’ampleur des conséquences d’une telle décision. Et si ce n’était qu’une illustration, à notre échelle, de la stratégie du choc théorisée par Naomi Klein ? Une stratégie qui consiste à profiter du désarroi d’une population ayant vécu un désastre pour appliquer des tactiques brutales en vue de faire passer en force, sans respect pour les valeurs démocratiques, des mesures favorables aux intérêts économiques de certains.

Cette manœuvre si rapide pour obtenir le financement de la LGV alors qu’on sortait d’une phase de la crise sanitaire n’a pas si mal fonctionné, si on en croit le préfet de la région Occitanie, Étienne Guyot, nommé coordonnateur de la LGV GPSO : « Je me réjouis qu’en moins d’un mois 23 collectivités territoriales sur 26 se soient engagées à hauteur de 5,2 milliards d’euros. » C’est sûr qu’il s’agit là d’un tour de force. Heureusement, certaines collectivités ne sont pas tombées dans le piège imposé par la précipitation : le département de la Gironde, celui de Lot-et-Garonne, le Grand Dax et le Pays basque ont refusé de contribuer financièrement au projet.

Et la démocratie ?

Fait notable dans la communauté d’agglomération du Pays basque, les élus ont refusé cette pression et ont porté le réflexe démocratique en première ligne : c’est l’intérêt même de cette LGV qui a été mis au débat, pas uniquement son financement. Nourri par trente années de luttes portées par les associations, les citoyens et des élus du territoire, qui ont mis au jour les mensonges de Réseau ferré de France et des promoteurs du projet, le débat a été de très bonne qualité. Le résultat est sans appel : près de 78 % des élus communautaires ont estimé que la LGV n’était pas utile. La communauté Pays basque, loin de se laisser surprendre, a saisi l’opportunité à la volée pour prendre une décision démocratique fondamentale qu’on ne lui demandait pas mais que l’État devra bien entendre. La bataille ne fait que (re)commencer.

Par Martine Bouchet et Txetx Etcheverry Militante du Collectif des associations de défense de l’environnement, et militant d’Alternatiba et de Bizi !

(1) 14 milliards d’euros au total doivent être réunis à une période où l’argent manque pour le maintien ou l’entretien des lignes ferroviaires classiques, entraînant la dégradation constante des conditions de circulation et de ponctualité, voire le démantèlement des offres de services des TGV classiques, des trains de proximité, des trains de nuit ou du fret ferroviaire.


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