Salaires, arnaque et bonimenteurs

Les prétendues mesures sociales proposées par la droite et l'extrême droite n’augmentent nullement le salaire réel.

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Si les campagnes électorales sont propices aux fake news, elles sont aussi favorables à la multiplication des promesses pernicieuses. Les salariés feraient ainsi bien de réfléchir à deux fois avant de se laisser séduire par les augmentations de salaire promises par Valérie Pécresse, Marine Le Pen ou Éric Zemmour. Comment comptent-ils en effet s’y prendre ? Pour augmenter de 10 % sur cinq ans, hors inflation, les salaires nets inférieurs à 2,2 Smic, Valérie Pécresse compte rendre aux salariés les 6,9 % de cotisation vieillesse qu’ils acquittent sur leur salaire brut, ce qui augmentera déjà leur net de 8,3 %. Cette cotisation serait prise en charge par l’État pour les deux tiers (financés notamment par des réductions de dépenses publiques. Il s’agit donc des… services publics) et un tiers par les entreprises, à qui elle promet en contrepartie « une baisse des cotisations familiales, des allègements de charges sur les bas salaires et une baisse des impôts de production ».

Le Pen et Zemmour poussent encore plus loin cette logique de baisse des « charges sociales et fiscales » pratiquées depuis longtemps par les gouvernements de droite comme de gauche afin de baisser « le coût du travail » ou augmenter les bas salaires. La première – c’est la cinquième de ses « 22 mesures pour 2022 » – veut « permettre aux entreprises d’augmenter les salaires de 10 % en les exonérant de cotisations patronales (pour les salaires allant jusqu’à 3 fois le Smic) ». Le second a lancé dimanche l’idée d’une « prime qui pourra aller jusqu’à trois mois de salaire net […] sans charge pour le salarié ou pour l’employeur », dispositif qui rappelle la « prime Macron » créé en 2019 et dont le montant serait ainsi accru, et promet de rétablir la défiscalisation des heures supplémentaires instaurée par Nicolas Sarkozy, supprimée par Hollande.

Ces mesures sociales ne sont rien de moins que des arnaques. Elles n’augmentent nullement le salaire réel (ce que les libéraux appellent « le coût du travail ») qui se compose – on ne le rappelle pas assez – du salaire net et du salaire socialisé (les cotisations sociales, salariales et patronales). En diminuant ce dernier pour gonfler le salaire net, les bonimenteurs peuvent satisfaire un besoin individualiste immédiat mais attentent à notre modèle fondé sur la Sécurité sociale. Car les cotisations financent la maladie, les retraites, la dépendance, le chômage… Les réduire, pire encore les supprimer, réduit leur couverture. Et si l’État est convoqué pour compenser la baisse, craignez qu’il ne conditionne alors vos droits. Pécresse ne s’en cache pas : pour financer sa hausse des salaires nets, elle prévoit de renforcer la dégressivité des allocations-chômage.


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