Dossier : Le moment de la gauche

Charlotte Girard : « La crise de la Ve République continue de s’aggraver »

Pour la constitutionnaliste Charlotte Girard, le régime politique français titube dès que le président est mis en minorité, ce qui pourrait se produire aux législatives.

Professeure de droit public, coauteure du programme de La France insoumise (LFI) en 2017, particulièrement sur une future VIe République, Charlotte Girard est l’une des meilleures spécialistes de la Constitution du 3 octobre 1958. Elle est aussi l’une des critiques les plus virulentes de la dérive ininterrompue vers une pratique institutionnelle toujours plus « présidentielle ». Celle qui a rompu avec le mouvement de Jean-Luc Mélenchon analyse la situation politique actuelle et ses conséquences sur des institutions à bout de souffle.

La Ve République est-elle en bout de course ? La question se pose après les résultats du premier tour de l’élection présidentielle, où l’électorat s’est divisé en trois blocs irréconciliables…

Charlotte Girard : La structuration de l’électorat en trois blocs équivalents n’est pas le fruit d’un défaut institutionnel. Que ce soit le résultat d’une impossible union politique entre trois blocs équidistants politiquement, c’est certain. La cause serait plutôt à rechercher dans la manière de gouverner vaguement au centre puis de plus en plus à droite ces quarante dernières années. C’est surtout le signe d’une exaspération politique. Car aucune réforme institutionnelle ne permettra d’effacer les renoncements à gauche et les abus à droite. C’est parce que la gauche sociale-démocrate et la droite libérale se sont accordées pour imposer le modèle social néolibéral contre une majorité de Français très divisée, dispatchée entre l’autre gauche et l’extrême droite, qu’elle parvient à se maintenir. Mais pour combien de temps ?

Néanmoins, je confirme qu’une crise institutionnelle est en cours depuis de nombreuses années et qu’elle continue de s’aggraver. Il faut chercher ses symptômes du côté de la perte de légitimité de l’institution la plus puissante de la Ve République. Les présidents de la République sont de plus en plus mal élus du point de vue du nombre de voix réunies au premier tour. La chute commence avec Jacques Chirac. On constate un sursaut avec Nicolas Sarkozy, mais la tendance à la baisse reprend et s’accélère avec Emmanuel Macron, qui ne réunit au premier tour en 2017 que 18,19 % des inscrits. La crise politique devient donc une crise institutionnelle au sens où les institutions ne sont plus aussi représentatives et démocratiques qu’on pourrait le souhaiter.

Aucune majorité parlementaire à l’Assemblée nationale ne semble se dégager en vue des législatives de juin. Comment ce régime pourrait-il surmonter cette éventualité ?

Il a été capable de surmonter des situations comparables. Il existe deux exemples pour l’illustrer : les cohabitations et le référendum de 2005. Ce sont des cas de figure qui mettent en scène un désaveu très clair du chef de l’État par les urnes, soit à l’occasion d’élections législatives (1986, 1993 et 1997), soit à l’occasion d’un référendum (2005), qui n’est suivi d’aucune conséquence logique d’un point de vue démocratique, à savoir la démission de celui auquel s’adresse le vote, en l’occurrence le président. Mais, dans ces configurations, le chef de l’État a pourtant décidé de se maintenir.

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