Charlotte Gainsbourg : « Les êtres sans méfiance me touchent »

Charlotte Gainsbourg incarne tout en subtilité une femme et une mère dans Les Passagers de la nuit. Elle porte ici un regard fin sur son rôle, ses partenaires, et sur le film de Mikhaël Hers.

Très présente dans -l’actualité – au casting de la saison 2 d’En thérapie, sur Arte ; partie prenante du bel album de Soundwalk Collective, -Lovotic –, Charlotte Gainsbourg évoque ici son rôle de femme et de mère de famille durant les années 1980 dans Les Passagers de la nuit, de Mikhaël Hers. Elle y est magistrale.

Qu’est-ce qui vous a décidée à tourner Les Passagers de la nuit ?

Charlotte Gainsbourg : Une intuition. Je ne connaissais pas Mikhaël Hers. Je l’ai rencontré, il était assez mystérieux. Nous nous sommes bien entendus et le scénario m’a plu. Il allait vers davantage de tragédie que la version qui a été tournée. La fin est beaucoup plus forte ainsi. On reste sur un « entre-deux » ou juste avant les larmes.

Mon personnage, Élisabeth, me touchait mais je ne savais pas précisément pourquoi. Quand je lis un scénario, j’ai une impression très subjective. Et puis j’ai attendu la dernière minute – je suis paresseuse – pour m’investir dans le rôle et la préparation. Le tournage du film d’Yvan [Attal, Les Choses humaines_, NDLR]_ venait de s’achever. Comme je ne peux pas faire deux choses à la fois, j’attendais d’être vraiment sortie du film d’Yvan pour entrer dans celui de Mikhaël.

Pour moi, le personnage vit des drames. En l’interprétant, j’étais dans une grande intensité. Au début du film, elle est meurtrie. Elle vient d’être quittée par son mari, elle est nulle à son premier job et est virée dès sa première journée de travail. Elle est blessée physiquement aussi. On comprend qu’elle a traversé une maladie grave. Je vivais donc mon rôle avec toutes ces données. Mikhaël Hers a fait ce choix d’un traitement tout en délicatesse.

En interprétant mon personnage, j’étais dans une grande intensité.

Le film, achevé, m’a surprise. Sur le tournage, je me disais : « Est-ce que je ne suis pas trop lente dans mes gestes (parce qu’il s’agissait souvent de scènes où Élisabeth était seule chez elle) ? » En outre, ces scènes arrivaient en fin de tournage, où nous avions de moins en moins de temps. J’ai pensé que Mikhaël allait les sacrifier : pas du tout ! Il me rassurait. Il me disait : « Tu prends le temps que tu veux, c’est le bon rythme. » Je comprenais que j’étais juste avec le personnage par rapport à ce qu’il voulait. Ma lenteur, ma gestuelle lui plaisaient.

Comment avez-vous préparé ce rôle d’Élisabeth ?

Je me suis demandé : « De quelle génération est cette femme ? » Je me situe toujours par rapport à des personnes que je connais. Or elle n’est ni de la génération de mon père ni de celle de ma mère. Née autour de 1940, elle se situe entre les deux. Mon père est né dix ans plus tôt et était ado pendant la guerre. Du coup, c’est une autre mémoire, d’autres souvenirs. Ma mère, elle, a été adolescente dans les années 1960. C’est-à-dire quelqu’un d’épanoui. Or mon personnage n’est pas du tout épanoui. C’est une femme qui, dans les années 1980, n’a aucune modernité. Ce n’est pas une vieille dame non plus. Elle a à faire avec sa féminité, essaie d’en jouer car elle aspire encore à l’amour. Mais, de ce point de vue, on la sent très maladroite.

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