À l’Ehpad public aussi, un service en « mode dégradé »

Le livre Les Fossoyeurs, de Victor Castanet, a mis en lumière les pratiques du groupe Orpea. Mais les établissements relevant de l’État sont également soumis à une réduction drastique des coûts.

Jean-Claude Renard  • 1 juin 2022 abonné·es
À l’Ehpad public aussi, un service en « mode dégradé »
© Thierry ZOCCOLAN / AFP

C’est une histoire de changes dans un Ehpad public de l’Isère. Un jour, les aides--soignantes se rendent compte que les nouveaux modèles sont de moins bonne qualité que les précédents. Si elles font bien remonter l’information, elles sont ignorées : question de coûts. Passer un marché public, c’est choisir le « mieux-disant » budgétaire. Si les aides--soignantes ont la responsabilité des commandes, elles n’ont pas celle du budget. Résultat ? Le personnel s’est retrouvé avec des pensionnaires piteusement trempés au milieu de la nuit, ce qui n’était pas le cas auparavant. Il leur a fallu travailler davantage pour prévenir des problèmes d’hygiène.

Cette histoire de changes est symbolique de ce qui se passe – aussi – dans les Ehpad publics, au-delà des révélations de Victor Castanet dans son livre Les Fossoyeurs, sur les méthodes cyniques des maisons de retraite privées, telle Orpéa, visant la rentabilité à tous les étages.

Lire notre dossier > Ephad : Paradis pour actionnaires

« Sachons d’abord qu’il s’agit de distinguer les établissements, qui ne sont pas tous dans la même logique de coûts, explique Florence Braud, membre de la Fédération nationale des aides-soignants (Fnas), entre les Ehpad privés à but lucratif, où la rentabilité est clairement affichée, les Ehpad privés à but non lucratif et les Ehpad mutualistes et publics, qui ne cherchent pas à faire de l’argent (1). »

Il n’empêche, la question des coûts, côté public, existe. Médecin en gérontopsychiatrie, auteur de L’Anti-manuel de management dans les Ehpad et autres établissements médico-sociaux (2), Michel Bass remonte le fil du temps : « Les raisons pour lesquelles l’administration veut toujours se réformer reposent sur le mot “efficace”. Et qu’est-ce qui fait l’administration publique, sinon le budget ? Le mot d’ordre est la réduction des coûts. On l’a vu depuis la “rationalisation des choix -budgétaires” (RCB) dans les années 1960-1970. Le but : qu’est-ce qui doit être éliminé pour réaliser des économies ? »

Quand le temps manque, la maltraitance survient.

Au fil des années et des lois, à droite comme à gauche, « il y a toujours cette idée d’améliorer

Envie de terminer cet article ? Nous vous l’offrons !

Il vous suffit de vous inscrire à notre newsletter quotidienne :

Vous préférez nous soutenir directement ?
Déjà abonné ?
(mot de passe oublié ?)

Pour aller plus loin…

Guerre civile en Espagne, répercussions mondiales
Histoire 10 juin 2026 abonné·es

Guerre civile en Espagne, répercussions mondiales

Le coup d’État franquiste divise les nations, entre aide déclarée des dictatures aux insurgés et soutien timide des démocraties au gouvernement légal de Madrid, annonçant les clivages de la Seconde Guerre mondiale.
Par Olivier Doubre
À Toulouse, la mémoire vivante de l’exil républicain espagnol
Reportage 10 juin 2026 abonné·es

À Toulouse, la mémoire vivante de l’exil républicain espagnol

Dans la Ville rose, des associations œuvrent à la conservation et à la reconnaissance de l’histoire des réfugiés antifranquistes. Une nouvelle génération s’empare de cette mission, à la lumière des luttes antifascistes actuelles.
Par François Rulier
1936, les débuts d’une première globalisation ?
Histoire 10 juin 2026

1936, les débuts d’une première globalisation ?

Le Front populaire incarne en France la victoire du peuple de gauche, ses mobilisations et des avancées sociales sans précédent. Mais c’est aussi le moment, il y a tout juste 90 ans, où les débats politiques nationaux ne peuvent plus ignorer les questions internationales. Face à la montée des fascismes, les gauches du monde entier réagissent.
Par Olivier Doubre
Comment la préfecture de Nanterre « fabrique des sans-papiers »
Récit 10 juin 2026 abonné·es

Comment la préfecture de Nanterre « fabrique des sans-papiers »

Des étrangers en situation régulière perdent leurs papiers, et donc leurs droits, à cause des délais de renouvellement de leur titre de séjour. Depuis 2020, la préfecture des Hauts-de-Seine croule sous les dossiers et les étrangers vont jusqu’à saisir le tribunal pour faire condamner l’État.
Par Éloïse Brethes