À l’Ehpad public aussi, un service en « mode dégradé »
Le livre Les Fossoyeurs, de Victor Castanet, a mis en lumière les pratiques du groupe Orpea. Mais les établissements relevant de l’État sont également soumis à une réduction drastique des coûts.
dans l’hebdo N° 1708 Acheter ce numéro

C’est une histoire de changes dans un Ehpad public de l’Isère. Un jour, les aides--soignantes se rendent compte que les nouveaux modèles sont de moins bonne qualité que les précédents. Si elles font bien remonter l’information, elles sont ignorées : question de coûts. Passer un marché public, c’est choisir le « mieux-disant » budgétaire. Si les aides--soignantes ont la responsabilité des commandes, elles n’ont pas celle du budget. Résultat ? Le personnel s’est retrouvé avec des pensionnaires piteusement trempés au milieu de la nuit, ce qui n’était pas le cas auparavant. Il leur a fallu travailler davantage pour prévenir des problèmes d’hygiène.
Cette histoire de changes est symbolique de ce qui se passe – aussi – dans les Ehpad publics, au-delà des révélations de Victor Castanet dans son livre Les Fossoyeurs, sur les méthodes cyniques des maisons de retraite privées, telle Orpéa, visant la rentabilité à tous les étages.
Lire notre dossier > Ephad : Paradis pour actionnaires
« Sachons d’abord qu’il s’agit de distinguer les établissements, qui ne sont pas tous dans la même logique de coûts, explique Florence Braud, membre de la Fédération nationale des aides-soignants (Fnas), entre les Ehpad privés à but lucratif, où la rentabilité est clairement affichée, les Ehpad privés à but non lucratif et les Ehpad mutualistes et publics, qui ne cherchent pas à faire de l’argent (1). »
Il n’empêche, la question des coûts, côté public, existe. Médecin en gérontopsychiatrie, auteur de L’Anti-manuel de management dans les Ehpad et autres établissements médico-sociaux (2), Michel Bass remonte le fil du temps : « Les raisons pour lesquelles l’administration veut toujours se réformer reposent sur le mot “efficace”. Et qu’est-ce qui fait l’administration publique, sinon le budget ? Le mot d’ordre est la réduction des coûts. On l’a vu depuis la “rationalisation des choix -budgétaires” (RCB) dans les années 1960-1970. Le but : qu’est-ce qui doit être éliminé pour réaliser des économies ? »
Quand le temps manque, la maltraitance survient.
Au fil des années et des lois, à droite comme à gauche, « il y a toujours cette idée d’améliorer
Il vous suffit de vous inscrire à notre newsletter hebdomadaire :
Pour aller plus loin…
Mercosur : les trois arnaques de la Commission européenne
En grève de la faim depuis juillet, Zehra Kurtay toujours en lutte pour l’asile
VIDÉO – Zaid, militant antifasciste menacé d’expulsion vers la Hongrie, témoigne