La sobriété est-elle un choix de société ?

Partir de la satisfaction des besoins, et non plus de l’offre des entreprises.

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Notion ancienne mais plus que jamais d’actualité, la « sobriété » regroupe des réalités multiples à travers des démarches de frugalité, simplicité, zéro gaspillage, efficacité, sobriété énergétique, ou encore de déconsommation. Le dénominateur commun de ces approches est la recherche de modération dans la production et la consommation de produits, de matières ou d’énergie. On peut toutefois s’interroger sur la portée de la notion de sobriété, car celle-ci donne lieu à deux types d’interprétations qui révèlent des choix radicalement différents face à la transition écologique.

D’un côté, la sobriété est considérée comme une évolution volontaire et progressive des comportements individuels vers une modération de la consommation matérielle. Une place importante est attribuée à la recherche d’efficacité, notamment grâce aux innovations technologiques. Cette vision est celle de la majorité des décideurs privés et publics. Or l’expérience montre que les progrès techniques entraînent des effets rebonds qui se traduisent par une augmentation de la consommation. L’impact de la 5G sur l’utilisation d’énergie en est l’illustration.

D’un autre côté, la mise en œuvre de la sobriété peut être associée à un changement de société. L’idée centrale est de partir de la satisfaction des besoins fondamentaux individuels et collectifs de la population, et non plus de l’offre des entreprises, gouvernée par la recherche de rentabilité, qui conduit à la surconsommation qu’il s’agit précisément d’éliminer. Cette conception de la sobriété est retenue dans les travaux récents sur la transition écologique développés notamment par l’Agence de la transition écologique (Ademe) (1). Elle est évidemment la seule compatible avec les impératifs de la transition écologique. Car l’objectif est bien alors de prendre en compte les limites de la planète et de réduire la surexploitation de la nature.

Deux conditions essentielles devront être remplies pour faire de la sobriété un levier central de la bifurcation écologique. En premier lieu, dans la mesure où la sobriété risque d’être perçue comme une contrainte par les citoyens car elle réinterroge leurs pratiques quotidiennes, il est indispensable que ceux-ci soient associés aux choix collectifs dans le cadre de procédures de démocratie participative. En second lieu, la mise en œuvre de politiques publiques ambitieuses est nécessaire afin de créer les conditions d’une modération de la consommation (par exemple, la planification écologique ; l’aménagement du territoire en vue de réduire les distances pour accéder au travail, aux commerces, etc.).

La sobriété est souvent perçue, non sans raison, comme une remise en cause du modèle économique dominant, fondé sur une croissance sans limites et des représentations de la réussite personnelle par l’accès à l’abondance matérielle et financière. Ce qui explique pourquoi la sobriété reste peu affichée par la plupart des responsables politiques et des élus, comme on a pu le constater à l’occasion du cycle électoral récent.

(1) « La sobriété : une aspiration croissante, pas encore un projet de société », La Lettre Ademe Stratégie, juin 2021, infos.ademe.fr

Par Dominique Plihon Membre du conseil scientifique d’Attac.


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