Ervé : « J’écris pour me taire »

De la rue à l’édition parisienne en passant par les plateaux télé, Ervé a imposé sa plume et sa silhouette cabossée, ses récits de vie, une philosophie, et de vrais morceaux de bitume.

Ervé sans H, s’il vous plaît. « Ça fait longtemps que ce hasch-là je l’ai fumé. » Le bougre se veut taquin et coquet, caressant sa barbe poivre et sel joliment taillée autour d’un sourire édenté, illuminé par des yeux bleus qui transpirent la Méditerranée. Ervé, c’est aussi la signature d’un premier livre, un objet littéraire, Écritures carnassières, franc succès en librairie.

L’histoire est belle. Mais pas au début, pour un mouflet accueilli fin 1973 « dans un foyer de la Ddass après avoir été placé en famille d’accueil. À croire que ça s’est mal placé et passé. […] On m’a retiré à ma génitrice qui n’avait fait que me vêler. Pour elle, je n’étais rien qu’une boule humaine insignifiante pour une pute à bar qui écartait les cuisses pour quelques verres d’alcool et des cigarettes. La misère sociale d’un certain Nord de l’époque dans toute sa splendeur. C’est sur le trottoir que des gendarmes m’ont ramassé. Placement en famille merdique et puis en foyer. Le placard où je dormais a laissé place à un grand dortoir aux mille lits et autant de fenêtres, un réfectoire où le moindre chuchotement résonnait en écho froid. Un château, dit du Mauviar, à Artres, magnifique pour la carte postale, et immense aux yeux d’un petit enfant ». Voilà pour le décor planté.

Un cadre idyllique, sans conteste. Mais une vie de château qui n’en est pas une. Faudra composer, négocier avec la vie. À l’arraché. Tout jeune, quand on lui pose l’éternelle question « à la con » qu’est-ce que tu veux faire plus tard, Ervé répond : « Walt Disney ». Le costard est grand mais peu importe. C’est déjà du rêve pour un doux rêveur qui se réfugie dans les feuillages du château, le pourtour des bassins grenouillés qui lui vaut un premier surnom : Crapo. C’est sans compter les accidents de la vie, ses turpitudes, son universelle vacherie, celle qui mène à l’état de sans-abri. « Tu nais cas social, tu deviens asocial. » À la marge. C’est peut-être l’expression majeure de ce texte, avec ses fragments de vie en vrac, sans chronologie, mais rudement charpenté.

« J’ai eu du mal avec l’étiquette d’écrivain. Quelle prétention ! »

Un texte qui livre le quotidien, jour et nuit, d’un SDF. Avec son rapport au temps d’abord. À la météo. Forcément, quand on vit dehors. Le crachin ici, la pluie diluvienne là, la brise douce, le soleil, les basses températures et les hautes, les taux d’humidité qu’on ressent en claquant deux doigts. Avec son rapport à la solitude, qu’Ervé cajole ; son rapport à l’échec d’une vie avec deux enfants en bas âge, qu’il a baptisés « ses deux poumons » ; son rapport à cette parentalité qui revient toujours.

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