La possibilité du marxisme

Désormais libérées de la bataille pour l’indépendance politique et économique, les Éditions sociales s’attachent à rendre accessible la pensée de l’auteur du Capital aux nouvelles générations militantes.

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L’idée qu’après la crise de 2008 Marx effectuait un retour sur la scène éditoriale et politique est devenue un lieu commun. La crise de l’hégémonie néolibérale et le retour de la contestation sociale, y compris sous des formes radicales, ont largement contribué à fissurer l’antimarxisme qui régnait depuis les années 1980 et rendent à nouveau possible de se dire marxiste, à l’Université et dans les milieux militants. Alors qu’émergent de nouvelles générations à la recherche d’outils pour comprendre la marche du monde, c’est-à-dire pour penser le travail, la précarité, l’écologie et les oppressions racistes ou sexistes, mais aussi leur dépassement, donc la révolution, une occasion semble s’offrir pour rendre à nouveau attractive la perspective marxiste.

Dans cette bataille, le travail éditorial a sa partition à jouer. Les Éditions sociales en sont un exemple. Au siècle passé, elles fonctionnent comme un organe officiel du PCF. Ce statut d’éditeur communiste leur a permis d’être l’un des plus grands éditeurs politiques du XXe siècle, mais au détriment d’une véritable ouverture idéologique, ce qui les a finalement poussées à la faillite. Leur renaissance à la fin des années 1990 s’est articulée autour de rudes batailles pour leur indépendance politique et leur autonomie économique. Ainsi, les nouvelles Éditions sociales ont la particularité d’animer une ligne éditoriale autour de Marx et de sa pensée sans exclusive théorique ni politique et s’attachent à faire travailler ensemble différentes sensibilités. Ce principe est essentiel car l’une de nos tâches est précisément de stimuler un espace de débats dans le champ du marxisme et dans la diversité des marxismes.

Avant même de transmettre des idées, ce que transmet un éditeur, ce sont des textes. Dans le cas de Marx et d’Engels, il faut mesurer l’ampleur des difficultés auxquelles on se heurte. D’abord parce que leur œuvre est gigantesque et extrêmement hétérogène (articles, correspondance, manuscrits, notes de lecture, brouillons, etc.). Mais surtout parce que la traduction et l’édition de leurs textes sont restées très longtemps surdéterminées par des enjeux idéologiques – que ce soit dans l’établissement des priorités d’édition, les choix de traduction ou dans l’élaboration des appareils de notes ou des introductions accompagnant le texte lui-même – qui n’ont cessé d’avoir des implications sur le plan politique tout au long du XXe siècle. Ne rien sacrifier à la complexité d’un texte est souvent une entreprise difficile dans le cas de Marx, qui a produit une pensée vivante, en perpétuelle critique d’elle-même. Tout cela exige de se creuser la tête pour savoir comment tenir ensemble deux préoccupations qui sont les nôtres et qui nous poussent parfois dans des directions divergentes : rendre les textes accessibles tout en respectant fidèlement la complexité de la pensée de son auteur et celle du texte lui-même. C’est en particulier le travail que nous menons avec la Grande Édition Marx-Engels (GEME).

En transmettant des textes, un éditeur contribue également à donner vie à des références et à une culture qu’il souhaite communes. C’est la raison qui nous pousse par exemple à ne pas négliger le travail de réédition : rendre à nouveau disponibles sur les tables des libraires des textes qui ont marqué les débats des différentes sensibilités du mouvement ouvrier est une tâche nécessaire pour transmettre une histoire et des expériences. Ce travail peut servir à doter d’armes théoriques les nouvelles générations militantes, dont on sait qu’elles ne peuvent plus compter, comme c’était le cas au siècle précédent, sur les organisations de masse pour se former. Ce besoin explique aussi le succès de notre série « Découvrir », qui propose des livres de pédagogie dans une formule inédite : étudier un auteur, un mouvement de pensée ou un événement historique à travers de courts textes commentés, expliqués et accompagnés de pistes bibliographiques.

Pour finir, je dirais que le travail d’un éditeur marxiste n’est pas de publier Marx pour rendre disponible un héritage comme on conserverait des antiquités précieuses dans un musée, mais au contraire de démontrer, par les livres que l’on publie et les débats qu’ils suscitent, l’utilité du marxisme pour le XXIe siècle.

Par Marina Simonin Éditrice aux Éditions sociales.


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