L’eau, source de conflits

Face à des changements climatiques de plus en plus prégnants et une population mondiale qui explose, les fleuves sont devenus le théâtre d’affrontements interétatiques.

En 1968, le biologiste et écologue américain Garrett Hardin publie The Tragedy of The Commons (la tragédie des communs), essai qui -marquera la pensée écologiste pour les décennies à venir. Il part de l’exemple de terres communales dans lesquelles plusieurs éleveurs font paître leurs vaches. Les individus souhaitant maximiser leurs gains, chacun va tenter de faire paître le plus d’animaux possible dans ce pré commun, puisque le coût de la nourriture est partagé entre tous les utilisateurs. Problème : passé un certain seuil, l’herbe ne pourra pousser assez vite pour nourrir ne serait-ce qu’une seule vache ; la ressource est surexploitée ; les coûts se répercutent sur l’ensemble de la collectivité. Conclusion : dans une situation de libre accès à une ressource limitée, la poursuite rationnelle de son propre intérêt conduit à la surexploitation de la ressource, puis à sa disparition.

Définie comme un « bien commun » lors de la première conférence internationale sur la question en Argentine en 1977, l’eau est aujourd’hui devenue un enjeu stratégique et sécuritaire. D’après les données de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), plus de 2,3 milliards de personnes, soit 33 % de la population mondiale, vivent dans un pays en situation de stress hydrique, avec des ressources disponibles inférieures à la demande. Cela pourrait concerner 3,5 millions de personnes d’ici à 2025, d’après les -projections du World Resources Institute, un think tank états-unien. Chaque minute, cinq personnes décèdent dans le monde d’un manque d’accès à l’eau potable. Un mort toutes les 12 secondes.

Principal facteur d’explication de la raréfaction de la ressource : l’explosion démographique. Car qui dit augmentation de la population mondiale dit accroissement des besoins en eau, que ce soit à des fins domestiques, agricoles ou de confort (en particulier pour la climatisation et la réfrigération). L’agriculture remporte la palme du secteur le plus consommateur : 70 % de l’eau utilisée à l’échelle de la planète est destinée à cet usage.

33 % de la population mondiale vit dans un pays en stress hydrique.

S’ajoutent désormais à ce sombre tableau les conséquences du réchauffement climatique, des problèmes de gouvernance et des guerres qui détruisent les infrastructures essentielles à l’acheminement et à l’assainissement de l’eau. Ressource limitée faisant fi des frontières, l’eau est devenue source de tensions. Entre 2000 et 2010, 220 conflits ont éclaté à travers le monde autour de la question de son accès, d’après le centre de données World Water. La décennie suivante, leur nombre a quasiment triplé : 629 conflits. L’or bleu pourrait bien devenir, dans le siècle à venir, l’une des premières causes de tensions interétatiques.

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