« Un État de droit en Afghanistan, c’est parfaitement possible »
Nilob Mobarez, ancienne dirigeante du Croissant-Rouge afghan, a choisi de rester à Kaboul pour lutter, avec la société civile, contre l’exclusion des femmes et le retour de la guerre.
dans l’hebdo N° 1720 Acheter ce numéro

Elle aurait eu d’excellentes raisons de fuir l’Afghanistan, mais Nilab Mobarez a choisi de rester à Kaboul après que la capitale est tombée aux mains des talibans il y a un an, le 15 août 2021. Femme de pouvoir, chirurgienne et administratrice publique, elle était alors présidente du Croissant-Rouge afghan, après avoir été porte-parole des Nations unies en Afghanistan pendant huit ans, également cofondatrice de l’hôpital French Medical Institute for Mothers and Children avec l’association humanitaire La Chaîne de l’espoir.
Une semaine après la prise de Kaboul, Nilab Mobarez est suspendue de ses fonctions et remplacée. Pour les talibans, à part dans le secteur de la santé, une femme ne doit pas occuper de fonction officielle au-dessus du troisième échelon de fonctionnaires, explique-t-elle. Attentive à l’impact de sa parole, elle l’ajuste aux limites des espaces possibles dans l’Afghanistan d’aujourd’hui.
Votre exposition publique et vos liens avec des organisations occidentales vous plaçaient dans le collimateur des talibans. Pourquoi êtes-vous restée à Kaboul ?
Nilab Mobarez : Parce que partir, ça voulait dire laisser casser tout ce que nous avions construit. J’ai pensé pouvoir être utile, même en ayant perdu mon emploi. Rester, c’est déjà une résistance passive. J’ai déjà vécu la condition de réfugiée, en France, entre 1989 et 2001, et je sais d’expérience combien on peut alors vivre « à côté » de son pays pendant ces années-là. Quand je sors à Kaboul, les gens me reconnaissent. Les femmes, mais aussi des hommes, me disent que ça leur donne de la force.
En tant que femme, comment vivez-vous aujourd’hui à Kaboul ?
Je n’ai jamais été menacée, je n’ai jamais reçu d’instruction verbale pour me tenir tranquille. Les talibans me respectent et, d’après mes collègues, ils disent même du bien de ma gestion du Croissant-Rouge. Et il n’y a personne devant chez moi pour me surveiller.
En revanche, je subis la même chose que les autres. Les femmes sont exclues : je suis exclue. Quand ils ont fouillé toutes les maisons de Kaboul, ils ont aussi fouillé la mienne. Je circule dans la rue avec le hijab, ce foulard qui couvre les cheveux et est préconisé par l’islam, comme presque toutes les femmes à Kaboul.
Beaucoup portent le manteau pour dissimuler qu’en dessous elles portent un jean et un t-shirt, par exemple. C’est une tactique très répandue.
Dans la capitale, à tout le moins, très peu de femmes portent le niqab (tchadri ou burka), qui ne laisse paraître que les yeux. En tout cas, il s’agit de leur choix, ce n’est pas une obligation des talibans. Quant au manteau, beaucoup le portent pour dissimuler qu’en dessous elles portent un jean et un t-shirt, par
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