Santé : comment le mastodonte Ramsay soigne sa rentabilité
La politique du chiffre appliquée par le géant privé met à mal les conditions de travail comme la prise en charge des patients.
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Ramsay Santé, ce sont encore ses salariés qui en parlent le mieux : « On a affaire à des financiers. Car la santé, c’est un secteur qui rapporte » ; « Ils font de l’argent, c’est tout » ; « On ne parle plus de patients mais de clients. »
Ramsay Santé ? Un mastodonte qui engloutit les cliniques privées à vitesse grand V. En 2010, le groupe australien Ramsay Health Care s’implante discrètement en France en créant une nouvelle filiale, Ramsay Santé. Elle rachète à l’époque huit cliniques en région parisienne. Le groupe compte désormais 154 établissements, répartis dans tout le pays.
En douze ans, Ramsay Santé est devenu le numéro un de l’hospitalisation privée par le nombre d’établissements, dépassant son principal concurrent, Elsan, avec ses 137 hôpitaux et cliniques. Il représente près de 21 % de parts de marché de l’hospitalisation privée en France, pour un chiffre d’affaires annuel de plus de 4 milliards d’euros en juin 2021. Le double de celui de 2011.
Pour croître, le groupe réinvestit les bénéfices qu’il réalise année après année. Les actionnaires ne reçoivent presque aucun dividende, mais la valeur des actions qu’ils détiennent augmente en même temps que les établissements se multiplient. L’ogre sait faire des réserves pour gagner plus à l’avenir. Plus fourmi que cigale. « C’est un rouleau compresseur », confie un salarié.
À la conquête des déserts médicauxSi le groupe misait jusqu’à présent sur le rachat de cliniques en zone urbaine, il a désormais trouvé de nouveaux territoires à conquérir, abandonnés par les pouvoirs publics : les déserts médicaux. Ramsay Santé entend ainsi développer les « soins de proximité » par le biais de ce qu’il appelle des « centres de soins primaires ». De petites structures pensées pour optimiser le temps médical, grâce à un strict partage des tâches entre médecins, professionnels de santé et administratifs.
« Le médecin doit mener ce qu’il est le seul à pouvoir réaliser, que ce soit en fonction de la réglementation ou du niveau d’expertise nécessaire, explique François Demesmay, directeur innovation médicale et expérience patient chez Ramsay Santé, qui s’exprime au nom du groupe. Ce système permet au médecin de travailler plus intelligemment, pour que l’on puisse en tirer le maximum d’utilité. »
Cinq de ces centres ont d’ores et déjà ouvert en France, à titre d’expérimentation, dans le cadre de l’article 51 de la loi de financement de la Sécurité sociale de 2018, qui autorise les acteurs de la santé à tester de nouvelles méthodes de financement et d’organisation.
Inspirés de ce que le groupe a déjà mis en place en Suède, les centres de soins primaires Ramsay Santé expérimentent ainsi un nouveau mode de rémunération, la « tarification à la capitation ». Alors que les établissements sont rémunérés par l’Assurance maladie en fonction du volume et de la nature des actes pratiqués – la tarification à l’activité (T2A) –, cette tarification spécifique repose sur un forfait versé aux établissements en fonction du nombre de patients qu’ils accueillent et de leur typologie – âge, sexe, comorbidités. Que le patient vienne consulter une fois, dix fois ou vingt fois dans l’année, le forfait restera identique.
La tarification à la capitation porte un biais intrinsèque : le tri des patients en fonction de leur rentabilité.
L’objectif : inciter les médecins à mettre l’accent sur la prévention et limiter les prescriptions de soins abusives. Mais la tarification à la capitation porte un biais intrinsèque : le tri des patients en fonction de leur « rentabilité ». « Ce type d’effet a plus de
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