« Un été comme celui-ci deviendra la norme d’ici à 2050 »

Pour le climatologue Christophe Cassou, la conscience de l’urgence climatique a douloureusement progressé cet été, mais les politiques publiques restent encore loin du compte.

Vanina Delmas  • 7 septembre 2022 abonné·es
« Un été comme celui-ci deviendra la norme d’ici à 2050 »
© Les pompiers interviennent sur un incendie de forêt à Belin-Beliet (Gironde), le 13 août 2022. (Photo : Thibaud MORITZ/AFP.)

Sécheresse, canicules, fonte des glaciers, inondations, incendies… L’inventaire des catastrophes climatiques de l’été 2022 n’est pas achevé et, pourtant, il comporte déjà de dramatiques records. Le Royaume-Uni a déclenché pour la première fois une alerte rouge « chaleur extrême » face au thermomètre approchant les 40 °C. La Chine a connu une vague de chaleur pendant plus de 70 jours consécutifs, le glacier alpin de la Marmolada a succombé aux 10 °C relevés à son sommet…

En France, la sentence de Météo France est tombée le 30 août : l’été 2022 (juin, juillet et août) est le deuxième le plus chaud observé depuis au moins 1900, avec un écart de + 2,3 °C par rapport à la moyenne 1991-2020. Juste derrière celui de 2003, durant lequel la canicule avait fait plus de 15 000 victimes. Christophe Cassou, climatologue, directeur de recherche au CNRS et coauteur du sixième rapport du Giec, livre son analyse de cet été catastrophique qui deviendra la norme d’ici à 2050. Il dresse un constat aussi sévère qu’implacable sur le manque d’ambition politique pour lutter contre le changement climatique.

L’été 2022 est-il le signe que nous assistons à l’accélération du changement climatique ?

Christophe Cassou : Nous ne vivons pas une accélération du changement climatique, mais un changement rapide puisque la température moyenne annuelle de la France augmente environ de 0,1 °C tous les trois ans. L’été que l’on vient de vivre est un avant-goût de ceux de 2050. Pourquoi 2050 ? Cet été, l’anomalie – c’est-à-dire l’écart de température par rapport à une période de référence – devrait se situer autour de 2 ou 2,5 °C.

L’été 2022 a aussi permis de constater les conséquences d’événements composites, c’est-à-dire qui apparaissent en même temps ou qui s’enchaînent.

Il est donc intéressant de regarder dans le futur et de se demander quand cette anomalie de 2 °C deviendra le climat normal. Il s’avère que ce serait vers 2050. Un été exceptionnel comme celui-ci deviendra un été normal vers 2050, c’est-à-dire demain. Nous voyons quelles seront les réalités d’un climat plus chaud de 2 °C… L’été 2022 a aussi permis de constater les conséquences d’événements composites, c’est-à-dire qui apparaissent en même temps ou qui s’enchaînent, donnant un risque final beaucoup plus élevé que s’ils étaient arrivés de manière isolée.

Quels sont ces risques ?

Pour l’Europe, cet été correspond exactement aux risques détaillés dans le dernier rapport du Giec, qui sont de quatre natures. D’abord, les risques liés aux extrêmes chauds, qui comprennent l’excès de mortalité et de morbidité pour l’homme, mais aussi des perturbations très fortes des écosystèmes marins et terrestres, dont les incendies. Le deuxième risque porte sur l’agriculture, avec un effondrement des rendements. Le troisième concerne la pénurie d’eau, que l’on expérimente notamment sur le pourtour méditerranéen.

Lire aussi > Environnement : les scientifiques passent à l'action

Manque le dernier risque, associé aux submersions marines. Pour le moment, nous n’avons pas détecté d’augmentation de la fréquence des tempêtes sur l’Europe due au changement climatique. Mais il est normal qu’une tempête arrive, et alors les inondations côtières découlant de celle-ci seront plus intenses parce que le niveau de la mer monte. Cette année, nous avons coché trois de ces risques liés aux extrêmes chauds avec la vague de chaleur en Méditerranée.

Une petite musique monte à propos des modèles climatiques, qui seraient trop optimistes, qui sous-estimeraient les conséquences du changement climatique. Qu’en pensez-vous ?

C’est un sujet encore débattu dans notre communauté car cela dépend vraiment de la métrique, de l’indicateur pour évaluer ces modèles climatiques. Des études seront menées de manière plus précise, en particulier

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Écologie
Temps de lecture : 15 minutes

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