En Afrique du Sud, TotalEnergies prépare de nouvelles bombes climatiques

Lundi 17 octobre, les ONG Bloom et The Green Connection lancent une campagne contre les projets d’exploitation gazière de TotalEnergies au large de l’Afrique du Sud.

Rose-Amélie Bécel  • 17 octobre 2022
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En Afrique du Sud, TotalEnergies prépare de nouvelles bombes climatiques
© Une pancarte contre Total, lors de la manifestation parisienne du 16 octobre 2022. (Photo : Claire Serie / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP.)

Jusqu’à présent, la nature avait tenu les groupes pétroliers en échec, mais aujourd’hui Total s’apprête à gagner. » L’air grave de Claire Nouvian, présidente de l’association Bloom qui oeuvre pour la préservation des océans, donne le ton. Ce lundi 17 octobre, elle lance avec l’ONG sud-africaine The Green Connection une campagne contre une série de nouveaux projets d’exploitation gazière de TotalEnergies en Afrique du Sud, assortie d’une pétition.

Avec le soutien des eurodéputés Karima Delli et Raphaël Glucksmann, du député insoumis François Ruffin et de l’activiste Camille Etienne, les deux associations réclament l’interruption de ce projet menaçant le climat, la biodiversité et les droits humains.

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Pancarte contre Total, lors de la manifestation du 16 octobre 2022, à Paris. (Photo : Claire Serie / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP.)

Entre Le Cap et Port Elizabeth, là où la rencontre des vents et des courants parmi les plus forts du monde donne naissance à de gigantesques vagues, TotalEnergies souhaite exploiter, à plus de 1 000 mètres de profondeur, deux champs gaziers qui contiennent près d’un milliard de barils d’équivalent pétrole. Le 5 septembre dernier, le groupe français a déposé une demande de licence de production devant les autorités sud-africaines, qui doivent se prononcer pour autoriser l’exploitation du gaz avant le 20 janvier prochain.

Plus qu’une bombe climatique

« Il faut agir vite, prévient Claire Nouvian, car l’implantation de TotalEnergies au large de l’Afrique du Sud, dans des eaux hostiles et profondes, pourrait créer un précédent. Total est le premier pétrolier du monde à faire des demandes à l’Afrique du Sud pour des forages en grande profondeur. S’ils y parviennent, c’est une invitation envoyée aux autres compagnies pétrolières et gazières », alerte la présidente de Bloom.

TotalEnergies pourrait faire main basse sur environ un quart de la Zone Économique Exclusive (ZEE) du pays.

Selon l’ONG, avec des projets d’exploitation dans 4 zones différentes de l’espace maritime sud-africain, TotalEnergies pourrait faire main basse sur environ un quart de la Zone Économique Exclusive (ZEE) du pays.

« Il ne s’agit pas d’une énième bombe climatique, mais d’une ouverture vers un nombre incalculable de bombes climatiques », résume l’activiste Camille Etienne. Car, au delà des richesses gazières, les côtes sud-africaines sont un réservoir de biodiversité et un espace de circulation pour de nombreuses espèces de baleines, de tortues ou encore de dauphins. Selon Bloom, le projet de Total menace cet écosystème en raison de sa pollution sonore et de risques de fuites qui pourraient occasionner des marées noires.

Aucun bénéfice pour les populations locales

Sur place, plusieurs populations de pêcheurs dépendent de l’exploitation de ces eaux très poissonneuses. The Green Connection, associée à Bloom dans cette campagne, dénonce les atteintes de Total aux droits des communautés locales.

« Pour les pêcheurs, il n’y a aucun bénéfice à tirer d’un tel projet. Les profits sont pour Total, mais ce sont les communautés locales qui subiront de plein fouet les conséquences », alerte Liziwe McDaid, directrice de la stratégie de l’ONG sud-africaine. Neville van Rooy, qui coordonne les actions de The Green Connection sur le terrain, ajoute : « Les populations de pêcheurs n’ont pas été consultées, elles n’ont aucune idée du projet que Total prépare sous leurs yeux. »

Ce projet en Afrique du Sud, ce n’est pas une folie, c’est leur vision du monde, leur logique très rationnelle qui fait primer les dividendes sur la réalité des salariés et du climat.

La situation sud-africaine fait écho au projet EACOP, le pipeline chauffé que TotalEnergies souhaite construire entre l’Ouganda et la Tanzanie pour exporter du pétrole. Une autre bombe climatique, qui conduirait à l’émission de 379,4 millions de tonnes d’équivalent CO2 selon un rapport des Amis de la Terre.

Camille Etienne, investie dans le combat contre EACOP, énumère les atteintes aux droits humains du projet pétrolier : « Le pipeline menace la ressource en eau potable et l’activité agricole des populations du lac Victoria. Les compensations financières promises aux paysans chassés de leurs terres n’ont pas été versées. Neuf activistes locaux opposés au projet ont été emprisonnés. »

A 9 000 kilomètres de l’Afrique du Sud, en France, TotalEnergies fait aussi parler de lui comme le souligne le député France insoumise François Ruffin, soutien de la campagne des deux ONG. « Partout, c’est le même mépris de Total pour les hommes et pour la terre, rappelle-t-il en évoquant le décès de deux salariés du site de Total à Gonfreville-l’Orcher, près du Havre, en 2019 et 2021. Ce projet en Afrique du Sud, ce n’est pas une folie, c’est leur vision du monde, leur logique très rationnelle qui fait primer les dividendes sur la réalité des salariés et du climat. »

La France et l’Union européenne aussi responsables

Face à l’impunité de TotalEnergies, l’eurodéputée écologiste Karima Delli – également soutien de cette campagne – affirme que la France et l’Union Européenne peuvent agir. « Total est une entreprise française, qui a touché 30 millions d’euros de CICE (crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi), bien sûr que l’Etat peut faire quelque chose ! », souligne-t-elle en référence aux déclarations d’Emmanuel Macron sur France 2 le 12 octobre dernier, qui affirmait son impuissance face aux projets d’une entreprise privée.

L’eurodéputée rappelle d’ailleurs la responsabilité de la France dans la reconnaissance par le Parlement européen, en juillet dernier, du gaz et du nucléaire comme activités économiques durables : « Le gouvernement français a tout fait pour inclure ces énergies fossiles dans la définition des énergies vertes. Il faut dire stop au greenwashing du gouvernement et de Total ! »

Aux côtés de Karima Delli, soulignant l’incohérence du discours du chef de l’Etat, Raphaël Glucksman résume :« On ne peut pas dire « There is no planet B » et laisser Total saccager la planète A. » Bloom et The Green Connection attendent une réaction de TotalEnergies à leur pétition avant la COP27, qui se tient en Egypte à partir du 6 novembre prochain.

Écologie Monde
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