« Les extrêmes droites veulent de plus en plus changer l’UE de l’intérieur »

Suède, Italie… La géopoliticienne Anaïs Voy-Gillis analyse les conséquences de la marée nationaliste qui déferle sur l’Europe à la faveur de succès électoraux.

Daphné Deschamps  • 5 octobre 2022 abonné·es
« Les extrêmes droites veulent de plus en plus changer l’UE de l’intérieur »
© Giorgia Meloni, en Italie, a appliqué une stratégie de dédiabolisation qui s’est avérée gagnante. (Photo Meloni : Piero CRUCIATTI/AFP.)(Photo d'Anaïs Voy-Gillis : DR.)

Les récentes victoires de partis d’extrême droite en Suède et en Italie confirment la montée en puissance de ces courants sur le continent. Sous l’effet de cette marée brune que les instances de l’Union européenne, insuffisamment équipées, ne parviennent pas à endiguer, la politique commune pourrait bien être de plus en plus affectée, y compris dans les pays membres où l’extrême droite n’est pas au pouvoir. Anaïs Voy-Gillis, chercheuse en géographie et en géopolitique à l’université de Poitiers décrypte pour Politis les conséquences de cette progression apparemment inexorable.

La montée des extrêmes droites en Europe s’accompagne de reculs concernant les droits fondamentaux, comme l’accès à l’IVG ou les droits LGBTI. L’UE dispose-t-elle de garde-fous pour protéger ces droits ?

Anaïs Voy-Gillis : L’UE a une charte de valeurs, le traité de Lisbonne, que tous les pays membres sont censés respecter. Ces valeurs sont le respect de la dignité humaine, la liberté, la démocratie, l’égalité, l’État de droit, le respect des droits humains – y compris ceux des personnes appartenant à des minorités.

De manière générale, elles sont caractérisées par le pluralisme, la non-discrimination, la tolérance, la justice, la solidarité et l’égalité entre les femmes et les hommes. De manière effective, tout relève des politiques nationales. En cas de non-respect de ces valeurs, la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) peut éventuellement prononcer des sanctions : ce fut le cas lors des restrictions de l’IVG en Pologne et en Hongrie.

Mais ces sanctions ne se traduisent pas forcément en modifications législatives par la suite. En Suède, Julia Kronlid, députée anti-avortement et créationniste, a été élue deuxième vice--présidente du Parlement. On peut s’attendre à ce qu’elle promeuve des politiques anti-IVG. Une condamnation de la CEDH n’aurait, a priori, aucun effet sur ce genre de législations : elle ne permet pas d’annuler ou de modifier la juridiction nationale concernée.

L’arrivée de partis d’extrême droite à la tête de pays européens pourrait-elle affecter les politiques européennes communes, comme la politique migratoire ?

Plus les partis de ce type sont au pouvoir, plus leur impact sur l’agenda politique européen est fort, notamment quand ces pays prennent la présidence tournante de l’UE, qui change tous les six mois. On peut s’attendre à ce qu’ils influencent cet agenda ou mettent à l’ordre du jour des sujets liés, par exemple, aux migrations.

Cela leur permet aussi d’exercer une influence sur la nomination des commissaires européens, ou au sein du Parlement. En Suède, lors des élections européennes de 2019, le parti d’extrême droite – les Démocrates de Suède – était la troisième force d’opposition, et il est sorti grand vainqueur des élections législatives de septembre dernier. D’ici aux prochaines élections d’eurodéputés, en 2024, il faudra voir si ce parti arrive à se maintenir et à s’ancrer dans le paysage politique.

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