Farouk Mardam-Bey : les livres pour patrie
L’homme a deux actualités : la collection Sindbad, qu’il dirige chez Actes Sud, a 50 ans. Et il a codirigé Syrie, le pays brûlé. Le livre noir des Assad. Deux bonnes occasions pour rencontrer ce grand éditeur de littérature arabe.
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Ils sont tous les deux sur la photo, qui date de 1992 : Pierre Bernard et Farouk Mardam-Bey, au Salon euro-arabe du livre. Le premier, fondateur des éditions Sindbad en 1972, fut le valeureux introducteur en France de la littérature arabe, classique et contemporaine. Le second lui a succédé et est aujourd’hui « Monsieur » littérature arabe, l’homme qui, la publiant, la connaît en profondeur, en sait toutes les évolutions présentes, au Maghreb comme au Proche-Orient. Cette photographie figure dans le fascicule (disponible en librairie) publié par les éditions Actes Sud à l’occasion des cinquante ans de Sindbad.
Dirigée par Farouk Mardam-Bey depuis 1995, date de son rachat par la maison arlésienne après le décès de Pierre Bernard, la collection Sindbad a aujourd’hui un catalogue prestigieux de textes arabes et sur le monde arabe. Parmi les nombreux auteurs publiés : Mahmoud Darwich, Elias Khoury, Hoda Barakat, Sonallah Ibrahim, Elias Sanbar, Samir Kassir ou Jabbour Douhaiyi, pour ne citer qu’eux.
Farouk Mardam-Bey a une double actualité. Avec trois autres auteurs, Catherine Coquio (1), professeure de littérature comparée à l’université Paris-Diderot, Joël Hubrecht, juriste, et Naïla Mansour, journaliste, il a dirigé un ouvrage essentiel, Syrie, le pays brûlé. Le livre noir des Assad (1970-2021), édité au Seuil. « Ce livre noir retrace la mise à mort d’un peuple et de son élan de liberté. »
Tel est l’incipit de ce gros volume, qui documente et analyse, via moult documents et témoignages, l’entreprise de destruction mise en œuvre par Bachar Al-Assad, avec le soutien de la Russie et de l’Iran, pour réprimer le « large mouvement insurrectionnel, pacifique et non armé » né en 2011. Retrouver Farouk Mardam-Bey participant à ce travail n’a rien d’étonnant.
Outre ses multiples compétences et son intime connaissance de la langue arabe, il est lui-même syrien. En exil depuis longtemps. Mais, « à partir de mars 2011, la Syrie a été mon obsession principale, dit-il. Je me suis senti plus syrien que jamais ». La grande cause politique de son existence avait été jusqu’ici la Palestine.
Farouk Mardam-Bey est né le 23 avril 1944, à Damas, dans une famille de la classe moyenne. Après des études secondaires à la Mission laïque française – « mes parents souhaitaient que je sois bilingue » – et une licence de droit, il vient en France en 1965 pour poursuivre ses études.
Exil forcéIl y connaît l’effervescence des années 1968 et la bohème parisienne, retournant dans son pays quand il le souhaite. Jusqu’en 1976. Pour protester contre l’entrée des troupes syriennes au Liban visant l’OLP et la gauche libanaise, il participe à Paris à des manifestations et signe des pétitions. Conséquence : son passeport ne lui est plus délivré et il risque la prison s’il se présente à la frontière syrienne. Les circonstances de son ultime séjour dans sa patrie sont fortement symboliques : il s’y est rendu pour les obsèques de sa mère, décédée en 1975.
« J’ai vécu ce que vivent les exilés, sans trop de pathos », glisse-t-il. La Syrie ne voulait plus de lui, mais Farouk Mardam-Bey a tout de même réussi, au terme d’une très longue démarche, à ce que son mariage soit inscrit sur l’état civil syrien. Ainsi, ses enfants, nés en France, ont acquis la double nationalité. Une transmission qui lui était chère.
Militant avec les Palestiniens, il rencontre sur son chemin Elias Sanbar en 1969, son grand ami pour toujours. Tous deux deviennent les chevilles ouvrières de la Revue d’études palestiniennes dès sa création, en 1981, et à
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