Bayer-Monsanto et l’État, main dans la main pour défendre les pesticides

Le 31 janvier, le géant de l’agrochimie Bayer-Monsanto a déposé une demande au tribunal administratif de Paris pour intervenir en défense de l’État, attaqué en justice pour inaction face à l’effondrement de la biodiversité.

Politis  • 10 février 2023
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Bayer-Monsanto et l’État, main dans la main pour défendre les pesticides
© Mikael Seegen / Unsplash.

Il y a un an, le 10 janvier 2022, cinq associations ont déposé un recours contre l’État pour inaction face à l’effondrement de la biodiversité. Pollinis, Notre affaire à tous, l’Association pour la protection des animaux sauvages, l’Association nationale pour la protection des eaux et rivières et Biodiversité sous nos pieds accusent la France de défaillances dans le processus d’autorisation et de mise sur le marché des pesticides.

Alors que le tribunal administratif de Paris doit achever l’instruction du recours le 10 février, le géant de l’agrochimie Bayer-Monsanto a déposé le 31 janvier une demande auprès des juges pour intervenir en défense. « L’État se retrouve aujourd’hui soutenu par une multinationale sulfureuse, éminente représentante du lobby de l’agrochimie, visiblement inquiète face à la solidité de nos demandes », constate Jérémie Suissa, délégué général de Notre affaire à tous, dans un communiqué.

L’État se retrouve aujourd’hui soutenu par une multinationale sulfureuse, éminente représentante du lobby de l’agrochimie.

Dans cette affaire, l’État se défend de toute responsabilité politique dans la destruction de la biodiversité par l’utilisation de pesticides. Il rejette la faute sur la réglementation européenne, qui ne lui laisserait aucune marge de manœuvre pour mieux encadrer les procédures de mise sur le marché de ces produits à l’échelle nationale.

Mais, selon le mémoire en réplique déposé par les associations pour répondre aux arguments de l’État, le droit européen confie bien la responsabilité aux États d’évaluer puis autoriser ou non la vente des pesticides.

En décembre dernier, à l’issue de la COP15 de Montréal, la France s’était félicitée de l’obtention d’un accord ambitieux pour lutter contre l’effondrement de la biodiversité. Moins de deux mois après, son mano à mano devant les tribunaux avec le numéro 2 mondial des pesticides pose question sur ses ambitions en matière de lutte contre la destruction du vivant.

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