Au port du Havre, « si on ne se bat pas aujourd’hui, que vont faire nos gosses demain ? »

Très mobilisés, les travailleurs portuaires du Havre ont commencé, le mardi 14 mars, soixante-douze heures de grève contre la réforme des retraites. Reportage au petit matin.

Maxime Sirvins  et  Hugo Boursier  • 15 mars 2023 abonné·es
Au port du Havre, « si on ne se bat pas aujourd’hui, que vont faire nos gosses demain ? »
© Maxime Sirvins

« On ne désarmera pas et on montera en puissance », lance Laurent Delaporte, secrétaire général de la CGT des travailleurs portuaires du Grand Port maritime du Havre, au petit matin du mardi 14 mars. Dès 6 h 30, alors que la température ne dépasse pas les 7 °C et que le vent souffle jusqu’à 80 km/h, une bonne centaine de travailleurs portuaires vont bloquer le siège d’Haropa Port, le complexe portuaire qui regroupe les ports de Paris, de Rouen et du Havre, à l’appel de la section locale de la CGT.

Des camions sont garés en travers du grand boulevard pendant que des syndicalistes mettent le feu à un tas de pneus pour protester contre la réforme des retraites. « Notre fédération a décidé de durcir le mouvement en appelant à 72 heures de grève, dont une journée “port mort” jeudi », explique François Brisot, secrétaire adjoint de la fédération. La semaine dernière, une grève de 48 heures avait déjà paralysé le port, premier en France pour le trafic des conteneurs, avec trois millions d’unités par an en 2022.

« On a commencé par des manifestations tranquilles, finalement on se rend compte que marcher gentiment dans la rue ne permet pas d’être écoutés. » (Toutes photos : Maxime Sirvins.)

Alors que de rares badauds filment la scène et que quelques jeunes aident à brûler des pneus, la centaine de salariés, vêtus de leurs gilets jaunes et rouges, tiennent fermement la route et ne comptent pas s’arrêter là dans l’intensification du mouvement.

Pour Sébastien Fassi, qui participe aux manifestations depuis deux mois, il faut « durcir le ton » car après avoir « commencé par des manifestations tranquilles, finalement on se rend compte que marcher gentiment dans la rue ne permet pas d’être écoutés ». « On nous prend carrément pour des guignols », lance le syndicaliste. « Du coup, on bloque. »

Le combat, il faut aussi le mener pour les autres.

Pourtant, ce travailleur portuaire qui s’occupe de l’entretien des portiques à conteneurs – les grandes grues qui chargent et déchargent les bateaux – partira à la retraite avant ses camarades. Timidement, presque avec honte, il explique être travailleur de l’amiante, ce qui lui permettra d’arrêter le travail plus tôt. Rassuré par un collègue qui lui explique qu’il le « mérite » face aux risques sanitaires, Sébastien Fassi ajoute : « Je ne suis pas là à me battre pour moi, je suis là pour me battre pour les autres personnes, pour mes camarades et pour mes enfants. Le combat, il faut aussi le mener pour les autres. »

Même son de cloche pour François Brisot sur les formes que doit prendre la lutte. « Qu’on soit un, deux ou trois millions dans la rue, le gouvernement continue de regarder ailleurs », assène le syndicaliste, avant d’ajouter : « Certains

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Travail
Publié dans le dossier
Retraites : la convergence des colères
Temps de lecture : 7 minutes

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