Législative partielle : le vieux PS menace l’union de la gauche

Dans la 1re circonscription de l’Ariège, le second tour oppose la députée LFI Bénédicte Taurine à Martine Froger, une dissidente socialiste soutenue par Carole Delga, Bernard Cazeneuve, Anne Hidalgo et Nicolas Mayer-Rossignol.

Michel Soudais  • 31 mars 2023
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Législative partielle : le vieux PS menace l’union de la gauche
Le premier secrétaire du PS Olivier Faure a regretté le 28 mars que le numéro 2 du parti Nicolas Mayer-Rossignol « se libère de tous les engagements qu’il a pu prendre », en défendant, la dissidente PS Martine Froger, face à la candidate Nupes-LFI Bénédicte Taurine, ici en meeting avec François Ruffin.
© Charly TRIBALLEAU / AFP

Le congrès du Parti socialiste, clos à Marseille le 29 janvier sur une réconciliation, n’était que de façade. Les divisions s’étalent à nouveau avec la législative partielle de dimanche, dans la 1ère circonscription de l’Ariège. Le second tour y oppose la députée LFI-Nupes, Bénédicte Taurine, à la dissidente du PS Martine Froger, activement soutenue par les opposants à Olivier Faure, notamment Nicolas Mayer-Rossignol, premier secrétaire délégué du PS, et Hélène Geoffroy, présidente de son conseil national.

Bénédicte Taurine, élue depuis 2017, est arrivée en tête du premier tour avec 31,18 % des suffrages exprimés, et devance de 4,7 points sa concurrente. Elle a le soutien des cinq partis de la Nupes. Leurs dirigeants nationaux rappellent dans un communiqué commun que « sans leur rassemblement autour d’un programme de gouvernement il n’y aurait jamais eu 151 parlementaires de gauche à l’Assemblée et Emmanuel Macron aurait disposé d’une majorité absolue pour imposer tous ses projets ».

Face à « une candidate qui a reçu le soutien officiel du parti d’Emmanuel Macron », ils appuient la candidature de « Bénédicte Taurine pour renforcer de manière claire l’opposition à Emmanuel Macron et à sa politique, en particulier dans le contexte actuel de la bataille pour les retraites ».

De son côté, Martine Froger, maire-adjointe d’Alzen (267 habitants) et cheffe d’entreprise, s’était déjà présentée en dissidente le 12 juin dernier. Déjà soutenue à l’époque par les socialistes ariégeois, notamment la présidente du département, Christine Téqui et surtout Carole Delga, la présidente de la région Occitanie, viscéralement anti-Nupes (aux régionales en 2021, elle avait refusé toute entente avec LFI et EELV).

Avec 18,08 %, elle avait échoué à se qualifier pour le second tour. Cette fois, dans une élection marquée par une faible participation (38 %), elle gagne 100 voix et se hisse à 26,42 % profitant à plein de la mobilisation des réseaux locaux du PS. Et aussi de l’effondrement de la candidate macroniste passé en neuf mois de 19,96 % à 10,69 %.

La droite macroniste et l’extrême droite en arbitre

Dès l’annonce des résultats, la candidate de Renaissance, Anne-Sophie Tribout, a appelé les électeurs « à faire barrage à Bénédicte Taurine ». Non sans déclarer que cette dernière était « une députée objectivement dangereuse pour la démocratie » alors que Martine Froger ne serait qu’« une députée objectivement inutile, qui siègerait dans le groupe LIOT, fait de bric et de broc avec comme chef de file un député réac, anti mariage pour tous ».

https://twitter.com/2022Elections/status/1640080954776494083

Dans un long tweet, la direction nationale de Renaissance, le parti présidentiel, appelle « sans ambiguïté » à ce que « pas une voix [ne manque] à Martine Froger ». Un soutien du parti macroniste que la candidate « inutile » n’a nullement récusée.

Elle a en revanche refusé le « désistement républicain, traditionnel à gauche » auquel le PS l’invitait dans un communiqué, considérant que « l’élection d’une députée de gauche doit se faire en cohérence et dans la clarté quant à l’opposition à la politique conduite par Emmanuel Macron » et qu’« aucune confusion ne doit être possible sur l’interprétation à donner du résultat du second tour ». « Les duels à gauche, rappelait la direction du PS, ne peuvent être arbitrés par la droite et l’extrême droite. »

Cette dernière reste forte : elle totalise 27,55 %, dont 24,78 % pour le RN. Ce qui n’empêche pas Nicolas Mayer-Rossignol d’affirmer que sa candidate a « fait barrage au RN ». Mieux, dans un entretien à La Dépêche du midi (30 mars), il prétend que « s’il n’y avait pas eu de socialiste, les électeurs se retrouveraient avec un duel RN-LFI au second tour et le candidat du Rassemblement national aurait été élu ».

Un discours anti-LFI

Dans le camp de Martine Froger et Carole Delga, tous les arguments sont bons pour rejeter et tenter de casser l’accord de la Nupes qui, preuve qu’il n’est pas à sens unique, a permis fin janvier l’élection du socialiste Bertrand Petit face au RN dans le Pas-de-Calais. Et aussi avec un objectif : battre coûte que coûte la France insoumise « qui est le parti avec lequel il ne fallait pas s’associer », comme l’a dit Bernard Cazeneuve quand il est venu à Foix soutenir la dissidente.

Tous les arguments mais aussi tous les soutiens, même les plus discutables. Jeudi, Martine Froger, se félicitait du soutien enregistré en vidéo du président (FNSEA) de la chambre d’agriculture, Philippe Lacube. Une personnalité locale peu connue pour ses engagements écologistes. Au contraire.

Le 29 novembre dernier, le tribunal correctionnel de Foix l’a condamné, comme d’autres responsables et organisations anti-ours du département, à trois mois de prison avec sursis et 500 euros d’amende pour avoir participé, le 5 mai 2018, à une contre-manifestation qui n’avait rien de pacifique à La Bastide-de-Sérou, où quinze associations écologistes se réunissaient pour faire un « état des lieux de l’environnement » en Ariège.

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