Pourquoi la France garde sa note AA

Dans le concours de beauté des marchés financiers, Fitch a dégradé la note de la France mais Standard & Poor’s l’a maintenue, grâce à la promesse du désendettement de l’État. Ce, malgré des signaux économiques inquiétants.

Liêm Hoang-Ngoc  • 21 juin 2023
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Pourquoi la France garde sa note AA
© Marcel Strauss / Unsplash.

John Maynard Keynes comparait les marchés financiers à un concours de beauté, où les critères d’éligibilité sont tout aussi relatifs que la réputation d’un titre boursier dans une économie où règne l’incertitude. Sur les marchés obligataires, entreprises et États émettent, pour financer leurs projets, des titres acquis par les épargnants. En incertitude radicale, nul ne sait si ces projets aboutiront. Les entreprises réaliseront-elles les profits escomptés, sources d’intérêts et de dividendes ? La politique économique des États atteindra-t-elle ses objectifs ? Plus le projet est risqué, plus le taux d’intérêt exigé par les marchés est élevé et le cours de l’obligation bas – et vice versa. Parce qu’il ne peut être que subjectif, le critère de beauté du moment s’avère alors déterminant pour obtenir la faveur des spéculateurs. De nos jours, les agences de notation forment le jury d’un tel concours. Elles définissent, à l’usage des fonds de placement, le critère de beauté économique à respecter, sans que la solidité des entités notées ne puisse être indiscutablement évaluée.

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Malgré la dégradation de sa note par Fitch, la France a ainsi conservé la note AA décernée par Standard & Poor’s pour avoir respecté les canons du moment, dessinés au tableau noir par Bruno Le Maire lors de son entrevue avec cette agence. La trajectoire budgétaire tracée doit conduire le déficit français à 2,7 % du PIB en 2027, moyennant une croissance des dépenses publiques deux fois moins rapide que celle du PIB, et ce au prix d’un sous-investissement dans les services publics et d’impopulaires réformes des retraites et de l’assurance-chômage. Aucune dépense nouvelle n’est programmée pour le logement et la transition écologique, pourtant érigés comme priorités dans les campagnes de communication gouvernementales. L’austérité continuera d’épargner le capital, grand bénéficiaire des 50 milliards d’euros de baisses annuelles d’impôts obtenues depuis 2017 (pérennisation du crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi, « flat tax » sur les revenus du capital, transformation de l’impôt de solidarité sur la fortune en impôt sur la fortune immobilière, suppression de l’impôt sur les dividendes, baisse des impôts de production…).

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Assortie de réformes destinées à remettre chômeurs et inactifs au travail, cette stratégie permettra-t-elle de rétablir le plein-emploi et de réduire le taux d’endettement de la France ? Rien n’est moins sûr. La compétitivité continue à se dégrader, comme en témoignent les déficits records de la balance commerciale hors énergie. Le ralentissement de l’activité menace à nouveau, à la suite de la chute du pouvoir d’achat résultant de la non-indexation des salaires sur l’inflation. Enfin, les baisses d’impôts amenuisent les recettes fiscales induites à chaque fois que la reprise intervient, ce qui compromet le désendettement. L’incertitude menace plus que jamais. Pourtant, la politique menée plaît au jury. Elle reste élue par le « cercle de la raison » comme la seule politique crédible.

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