Le camp pour migrants en projet à Lesbos, un « désastre annoncé »
En Grèce, dans cette île de la mer Égée, une forêt classée Natura 2000 devrait accueillir jusqu’à 5 000 réfugiés, isolés de tout, sur fonds européens. Les opposants dénoncent un projet aussi inhumain que dangereux pour l’environnement.
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© Achilleas Zavallis
Le vent souffle, ce matin-là, sur les centaines de milliers de pins se déployant à perte de vue, depuis la vallée de Tavros, dans le nord de Lesbos, jusqu’à l’extrême sud de l’île. L’odeur de résine embaume les lieux, mais trahit aussi la haute inflammabilité de cette gigantesque forêt insulaire. Étendue sur plus de 30 000 hectares, la pinède de Lesbos est, à ce titre, la plus grande forêt des îles grecques d’Égée-Septentrionale. Classée Natura 2000 dans sa presque totalité, elle abrite aussi plusieurs espèces d’oiseaux protégées. « C’est un lieu unique sur nos îles d’Égée, mais vulnérable. Imaginez, avec les vents que nous avons ici, la vitesse à laquelle pourrait se propager un feu », note Christos Tsivgoulis, président de la communauté de Komi, localité proche de la forêt. Après 26 kilomètres de route tortueuse depuis le centre-ville, il faudra encore marcher quelques minutes entre les pins pour découvrir, s’érigeant tel un cratère éventrant la pinède, le chantier de la discorde.
Il n’y avait pas de pire endroit où construire un camp.
C’est ici, sur le lieu-dit de Vastria, en plein cœur de cette forêt protégée, isolée et hautement inflammable, que le ministère grec des Migrations a choisi de construire le nouveau camp de migrants de Lesbos. Ce « centre fermé à accès contrôlé » sera une structure de près de 300 000 mètres carrés qui devrait être en capacité d’accueillir jusqu’à 5 000 demandeurs et déboutés de l’asile, ainsi que 700 salariés. Il sera, si le chantier aboutit, le plus grand camp fermé de migrants en Europe. « Il n’y avait pas de pire endroit où construire un camp », affirme pourtant Yiorgos Ntinos, chef du syndicat des pompiers de Lesbos. Pour lui, si le camp de Vastria voyait le jour, l’éventualité d’un incendie serait une quasi-certitude. « Un simple
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