Le camp pour migrants en projet à Lesbos, un « désastre annoncé »

En Grèce, dans cette île de la mer Égée, une forêt classée Natura 2000 devrait accueillir jusqu’à 5 000 réfugiés, isolés de tout, sur fonds européens. Les opposants dénoncent un projet aussi inhumain que dangereux pour l’environnement.

Isabelle Karaiskos  • 5 juillet 2023 abonné·es
Le camp pour migrants en projet à Lesbos, un « désastre annoncé »
L’actuel camp provisoire de Mavrovouni accueille actuellement 2 300 personnes.
© Achilleas Zavallis

Le vent souffle, ce matin-là, sur les centaines de milliers de pins se déployant à perte de vue, depuis la vallée de Tavros, dans le nord de Lesbos, jusqu’à l’extrême sud de l’île. L’odeur de résine embaume les lieux, mais trahit aussi la haute inflammabilité de cette gigantesque forêt insulaire. Étendue sur plus de 30 000 hectares, la pinède de Lesbos est, à ce titre, la plus grande forêt des îles grecques d’Égée-Septentrionale. Classée Natura 2000 dans sa presque totalité, elle abrite aussi plusieurs espèces d’oiseaux protégées. « C’est un lieu unique sur nos îles d’Égée, mais vulnérable. Imaginez, avec les vents que nous avons ici, la vitesse à laquelle pourrait se propager un feu », note Christos Tsivgoulis, président de la communauté de Komi, localité proche de la forêt. Après 26 kilomètres de route tortueuse depuis le centre-ville, il faudra encore marcher quelques minutes entre les pins pour découvrir, s’érigeant tel un cratère éventrant la pinède, le chantier de la discorde.

 Il n’y avait pas de pire endroit où construire un camp.

C’est ici, sur le lieu-dit de Vastria, en plein cœur de cette forêt protégée, isolée et hautement inflammable, que le ministère grec des Migrations a choisi de construire le nouveau camp de migrants de Lesbos. Ce « centre fermé à accès contrôlé » sera une structure de près de 300 000 mètres carrés qui devrait être en capacité d’accueillir jusqu’à 5 000 demandeurs et déboutés de l’asile, ainsi que 700 salariés. Il sera, si le chantier aboutit, le plus grand camp fermé de migrants en Europe. « Il n’y avait pas de pire endroit où construire un camp », affirme pourtant Yiorgos Ntinos, chef du syndicat des pompiers de Lesbos. Pour lui, si le camp de Vastria voyait le jour, l’éventualité d’un incendie serait une quasi-certitude. « Un simple

Envie de terminer cet article ? Nous vous l’offrons !

Il vous suffit de vous inscrire à notre newsletter hebdomadaire :

Vous préférez nous soutenir directement ?
Déjà abonné ?
(mot de passe oublié ?)
Monde
Temps de lecture : 8 minutes

Pour aller plus loin…

Clémence Guetté : « La sortie de l’Otan est nécessaire »
Entretien 9 février 2026 abonné·es

Clémence Guetté : « La sortie de l’Otan est nécessaire »

La vice-présidente insoumise de l’Assemblée nationale défend la nécessité d’une sortie de l’Otan, attaque la politique diplomatique d’Emmanuel Macron et souhaite que la France réinvestisse les organisations internationales.
Par Lucas Sarafian
Rome-Tunis-Alger, super gardiens de la forteresse Europe 
Analyse 4 février 2026 abonné·es

Rome-Tunis-Alger, super gardiens de la forteresse Europe 

Le renforcement des relations entre l’Italie, la Tunisie et l’Algérie remodèle ces dernières années les équilibres de la Méditerranée en matière de surveillance, de défense et d’énergie. Un nouvel axe qui contribue à empêcher toute migration irrégulière, et renforce une Union européenne qui externalise toujours plus sa gestion des frontières.
Par Nadia Addezio
Au Soudan, le peuple pris au piège de la guerre
Analyse 30 janvier 2026 abonné·es

Au Soudan, le peuple pris au piège de la guerre

Depuis 2023, la population soudanaise tout entière est soumise au conflit et aux massacres auxquels se livrent les forces militaires dites régulières et leurs anciens alliés des « Forces de soutien rapide ». Elle fait face à une crise humanitaire sans précédent.
Par Isabelle Avran
Stephen Miller, un suprémaciste à la tête de la sécurité américaine
Portrait 29 janvier 2026 abonné·es

Stephen Miller, un suprémaciste à la tête de la sécurité américaine

Conseiller omniprésent de Donald Trump, l’homme impose une vision du pouvoir fondée sur la loi du plus fort. Architecte des politiques migratoires brutales, il fait du langage une arme et étend son influence bien au-delà de son titre officiel.
Par Juliette Heinzlef