Se pourrait-il que Madame Garnier…

Dans une tribune, Nelly Garnier, conseillère de Paris, vice-présidente du parti Les Républicains, dénonce la démagogie xénophobe qui empoisonne notre quotidien. Mais sans aller jusqu’à nommer le président de LR, Éric Ciotti, qui en est un des plus gueulards artisans.

Sébastien Fontenelle  • 27 septembre 2023
Partager :
Se pourrait-il que Madame Garnier…
Manifestation contre la loi Darmanin, à Paris, en mars 2023.
© Lily Chavance

Le Monde vient de publier, dans son édition datée du 21 septembre 2023, une vigoureuse tribune dénonçant, je cite, « les dérives de certains discours sur l’immigration ».

Son autrice, Nelly Garnier, conseillère de Paris, conseillère régionale d’Île-de-France et vice-présidente du parti Les Républicains, formule cette supplication, tout à fait bienvenue dans un moment où la démagogie xénophobe empoisonne quotidiennement notre atmosphère : « Face aux flux migratoires, gardons-nous de tomber dans une logique racialiste ! » Selon elle, nous devons collectivement – et urgemment – nous reprendre, car : « Nous vivons actuellement un glissement dangereux. »

En effet, explique-t-elle : « De nombreux participants au débat public, parfois même sans s’en rendre compte, adoptent une rhétorique qui pose la question de l’immigration comme celle du remplacement d’une race par une autre. Ainsi, à une vitesse vertigineuse, sont devenues communes les expressions d’“invasion barbare”, de “submersion”, de “colonisation” et finalement l’idée, explicitement assumée ou non, du déversement d’un continent sur l’autre. »

L’autrice fait le choix de taire les noms des misérables dont elle dénonce si fermement les hideuses proférations.

Elle constate ensuite que « les images d’arrivées de migrants à Lampedusa sont utilisées » par ces sinistres personnages « pour créer le choc visuel soutenant la thèse » du « grand remplacement ». Cette « thèse », estime Nelly Garnier, « est facile et elle permet sans nul doute de libérer une colère face à des années de mauvaise gestion des flux migratoires ». Mais, assène-t-elle : « Il est de notre devoir de ne pas y céder. »

Cette charge contre les démagogues vautrés dans « une logique racialiste » qui instrumentalisent l’immense détresse des migrant·es est, on le constate, extrêmement sévère – et d’autant plus spectaculaire qu’elle émane, pour une fois, d’une élue de droite.

Malheureusement, son autrice fait le choix de taire les noms des misérables dont elle dénonce si fermement les hideuses proférations. Et c’est dommage, car on ne trouve pas seulement (et sans surprise aucune), au sein de ce sordide aréopage, des représentant·es des extrêmes droites lepénique et zemmouroïde : l’un de ses plus bruyants agents n’est autre, en effet, que le député maralpin Éric Ciotti, qui dénonçait encore, le 21 septembre – le jour même, donc, où Le Monde publiait la tribune de Nelly Garnier –, dans le bulletin de liaison quotidien de la droite réactionnaire (1), « la submersion migratoire qui frappe Lampedusa ».

1

Also known as Le Figaro.

Or ce M. Ciotti se trouve être, par ailleurs, le président du parti Les Républicains – dont Nelly Garnier assure quant à elle, comme on l’a dit, la vice-présidence. De sorte qu’on est finalement pris d’un doute affreux : se pourrait-il que Mme Garnier, après avoir dénoncé avec tant de saine virulence la « rhétorique » nidoreuse (2) de certains « participants au débat public », continue, comme si de rien n’était, à seconder le député qui s’impose, parmi ces funestes gueulards, comme l’un des plus tapageurs ? 

2

J’espère que tu as un dictionnaire.

Recevez Politis chez vous chaque semaine !
Abonnez-vous
Publié dans
De bonne humeur

Sébastien Fontenelle est un garçon plein d’entrain, adepte de la nuance et du compromis. Enfin ça, c’est les jours pairs.

Temps de lecture : 3 minutes
Soutenez Politis, faites un don.

Chaque jour, Politis donne une voix à celles et ceux qui ne l’ont pas, pour favoriser des prises de conscience politiques et le débat d’idées, par ses enquêtes, reportages et analyses. Parce que chez Politis, on pense que l’émancipation de chacun·e et la vitalité de notre démocratie dépendent (aussi) d’une information libre et indépendante.

Faire Un Don