La Haute-Marne se fracture sur son projet hospitalier, le RN prospère dessus

Le 23 septembre, 6 000 personnes ont défilé à Langres pour défendre l’accès aux soins. En cause, notamment, un projet de l’agence régionale de santé contesté par un collectif de soignants. Un sujet devenu majeur dans un des territoires les plus ruraux du pays.

Pierre Jequier-Zalc  • 19 octobre 2023 abonné·es
La Haute-Marne se fracture sur son projet hospitalier, le RN prospère dessus
© Pierre Jequier-Zalc

« Votre futur hôpital est ici ! » La pancarte, accompagnée de quatre poupées grandeur nature de personnel soignant, est plantée sur un rond-point que traverse la route nationale reliant Langres, dans le sud de la Haute-Marne, et Chaumont, préfecture du département. Bienvenue à Rolampont ! C’est ici, au milieu de pas grand-chose, si ce n’est un nœud autoroutier, qu’un collectif regroupant plus de 500 soignants, regroupés sous le nom d’Égalité-Santé, veut faire construire un nouvel hôpital d’envergure. Celui-ci entraînerait la fermeture de l’actuel établissement de santé langrois et la réduction de celui de Chaumont à un petit hôpital de proximité.

Construire deux hôpitaux, même si ça n’a aucun sens médical, ça fait bien sur le CV politique.

Sophie Delong, ex-maire de Langres

De ce projet, l’agence régionale de santé (ARS), soutenue par le département, ne veut pas entendre parler. Eux ont décidé de mettre en place tout autre chose : la reconstruction des deux hôpitaux existants. Le premier, le plus ambitieux, sorte de « plateau technique » (maternité, chirurgie, etc.) à Chaumont, et le second, plus modeste, avec quelques soins de première nécessité – dont, surtout, un service d’urgences – à Langres. Coût de ce double projet : 140 millions d’euros dont 70 proviendraient du département et du GIP (le fonds d’aide constitué pour le projet d’enfouissement des déchets nucléaires à Bure).

L’investissement est colossal pour ce département qui est dirigé par Nicolas Lacroix, proche de Laurent Wauquiez, et alors que l’hôpital ne fait pas partie de ses compétences. Pour les opposants au projet, il s’agit donc d’un coup politique. « Construire deux hôpitaux, même si ça n’a aucun sens médical, ça fait bien sur le CV politique », raille Sophie Delong, ancienne maire de Langres et ex-députée LR, dont Lacroix fut l’attaché parlementaire. Elle décrit un homme profondément ambitieux que rien n’arrêtera. « Dire que Nicolas Lacroix est prêt à jouer avec la santé de ses administrés pour son ambition politique est insensé et insultant, lui répond Pierre Schaegis, directeur de cabinet du président du département. Cela fait vingt ans que la santé se délite dans le territoire sans que personne fasse rien. Lui a décidé de prendre ses responsabilités. »

Délitement et taux de fuite

Depuis plusieurs mois, la Haute-Marne est ainsi le théâtre d’une bataille dont l’accès au soin est l’enjeu principal. Élus, habitants et personnels soignants s’écharpent sur ce conflit hospitalier devenu l’enjeu politique numéro un du sud de ce département, un des plus ruraux de France. Au point que le 23 septembre dernier, 6 000 personnes ont défilé à Langres, commune de 7 700 âmes, à l’appel du collectif Égalité-Santé. Du jamais-vu. « La plus grosse

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