La linguistique (aussi) est un sport de combat !

La langue française est un objet de prédilection des paniques morales et identitaires portées par les camps conservateurs et réactionnaires. Pourtant, les recherches en linguistique démontent les idées reçues. Le discours décliniste a poussé les linguistes à s’engager pleinement dans le débat public. 

François Rulier  • 4 octobre 2023 abonné·es
La linguistique (aussi) est un sport de combat !
© Hans Lucas / Hans Lucas via AFP

"Quoi ? Quoicoubeh ! » La dernière panique morale autour de la langue française aura fait long feu. On peut parier sans risque que d’autres viendront bientôt donner du grain à moudre au moulin du « déclinisme ­linguistique » en vogue, autant parmi les politiques que dans un certain milieu littéraire.

La droite et l’extrême droite françaises ne contrediront pas ce constat, alors qu’elles alimentent régulièrement ces polémiques à coups de propositions de loi. Depuis plusieurs années, des projets similaires passent et se ressemblent à l’Assemblée nationale, portés tantôt par Les Républicains, tantôt par le Rassemblement national, voire associant les deux. L’écriture inclusive, voilà l’ennemie ! Il s’agirait de préserver la nation en interdisant son usage dans les services publics, par les personnes travaillant pour l’État et même dans l’édition et la recherche universitaire ! Le RN compte d’ailleurs utiliser sa niche parlementaire du 12 octobre prochain pour défendre une énième proposition « portant interdiction de l’écriture dite “inclusive” ».

Pourtant, la linguistique, discipline scientifique consacrée à l’étude des langues, dresse un tout autre constat de l’usage contemporain du français : celui d’une langue vivante, parlée par toujours plus de locuteurs sur différents continents, aux usages multiples et en constante évolution. Les recherches les plus récentes s’intéressent également aux effets de domination et de discrimination portés par la langue : le « bien-parler » reste le parler des élites.

Contre les idées reçues et déclinistes

C’est pourquoi, depuis plusieurs années, les linguistes cherchent à diffuser les résultats de leurs travaux au-delà de l’université. Ils et elles ont publié de nombreux livres afin de lutter contre les idées reçues et déclinistes. Cependant, leurs ventes sont restées faibles et l’écho médiatique éphémère, en dehors de quelques figures qui ont percé sur ­internet ou à la radio, comme la chercheuse Laélia Véron et le vidéaste Romain Filstroff, linguiste de formation, avec sa chaîne Linguisticae sur Youtube.

Que faire devant ce constat de faiblesse ? Comment faire

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Temps de lecture : 6 minutes

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