Antisionisme et antisémitisme, une opération politique avortée

En tentant d’amalgamer ces deux notions dès 2017, Emmanuel Macron avait commis une erreur historique mais également d’ordre légal. Car comment confondre un délit – le racisme – et une opinion ?

Dominique Vidal  • 1 novembre 2023 abonné·es
Antisionisme et antisémitisme, une opération politique avortée
Emmanuel Macron et Benyamin Netanyahou lors de la cérémonie commémorant le 75e anniversaire de la rafle du Vel d’Hiv à Paris, le 16 juillet 2017.
© Kamil Zihnioglu / POOL / AFP

Tout commence à Paris, le 16 juillet 2017, lors de la commémoration du 75e anniversaire de la rafle du Vel d’Hiv. Devant le Premier ministre israélien, invité pour la première fois à cette cérémonie, Emmanuel Macron affirme : « Nous ne céderons rien à l’antisionisme, car il est la forme réinventée de l’antisémitisme. » La déclaration d’Emmanuel Macron, choquante à bien des égards, est une erreur historique et une faute politique. Jamais un président français n’avait jusque-là repris à son compte cet amalgame.

Comment confondre un délit – le racisme envers les juifs, condamné par nos lois comme les autres formes de racisme – et une opinion – qui prône la nécessité d’un État qui leur soit propre. Où ? Dans une Palestine peuplée de 95 % d’Arabes lorsque Theodor Herzl publie L’État des juifs. D’autant que l’antisionisme a évolué : autrefois, c’était le refus de l’idée même d’un État juif ; aujourd’hui, c’est la volonté de le transformer en « État de tous ses citoyens (1) »…

L’antijudaïsme puis l’antisémitisme traversent l’histoire de l’Europe – bien plus que celle du monde arabo-musulman. Des siècles de discriminations, d’expulsions et de pogroms connaissent leur apogée avec

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