Les Soulèvements de la Terre sauvés par le Conseil d’État, pas la Gale et la CRI

Le Conseil d’État a annulé le décret de dissolution des Soulèvements de la Terre, pris par Gérald Darmanin après Sainte-Soline. Les dissolutions du Groupe antifasciste Lyon et environs (Gale) et de la Coordination contre le racisme et l’islamophobie (CRI) sont, elles, confirmées.

François Rulier  • 9 novembre 2023
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Les Soulèvements de la Terre sauvés par le Conseil d’État, pas la Gale et la CRI
Rassemblement de soutien aux Soulèvements de la Terre, le 27 octobre 2023, à Paris.
© Maxime Sirvins

Jeudi 9 novembre, le Conseil d’État a rendu ses décisions quant à la légitimité des dissolutions prononcées par le gouvernement contre quatre mouvements : les Soulèvements de la Terre, le Groupe antifasciste Lyon et environs (Gale), la Coordination contre le racisme et l’islamophobie (CRI) et l’Alvarium, groupe d’extrême droite. Seuls les Soulèvements de la Terre sont épargnés, eux qui avaient fait l’objet d’un rassemblement de soutien il y a quelques jours encore devant le Conseil d’État. Gérald Darmanin en avait souhaité la dissolution après les événements de Sainte-Soline. Celle des autres organisations est, elle, confirmée.

Sur le même sujet : « Le gouvernement est atteint de dissolutionite aigüe »

Le Conseil d’État précise dans son communiqué de presse les motifs justifiant une dissolution : il faut qu’« une organisation incite, explicitement ou implicitement, à des agissements violents de nature à troubler gravement l’ordre public. » Et de donner des exemples : provoquer ou contribuer à la discrimination, à la haine ou à la violence envers les personnes en raison de leur origine ou identité, légitimer publiquement des agissements d’une gravité particulière, ou ne pas modérer sur ses réseaux sociaux de telles incitations explicites. « La Gale » (comme elle est appelée) est ainsi dissoute – une première pour un mouvement antifasciste – pour la publication de positions haineuses envers les policiers tandis que la CRI n’aurait pas modéré ses réseaux sociaux, en plus de diffuser des positions dénonçant l’hostilité systématique des pouvoirs publics, de certains partis et médias envers les musulmans, et leur instrumentalisation de l’antisémitisme.

« Devenir un levier contre les mesures liberticides »

En revanche, le Conseil d’État écarte l’accusation faite aux Soulèvements de la Terre d’avoir provoqué à la violence. Une victoire et un soulagement pour le mouvement, qui se voit toutefois reproché, par le Conseil, de relayer avec une certaine complaisance des images d’affrontements avec les forces de l’ordre ainsi que d’inciter à des agissements violents à l’encontre des biens. L’avenir reste lourd de menaces pour les luttes écologistes.

Sur le même sujet : Dissolution de la Gale : une décision sans précédent

« En utilisant l’argument de l’absence de proportionnalité entre les actions du mouvement et la violence d’une dissolution, le Conseil d’État confirme, à notre sens, l’idée que face au ravage des acteurs privés, de l’agriculture intensive, de l’accaparement de l’eau, nos modes d’actions puissent et doivent être considérés comme légitimes. Cette décision est porteuse d’espoirs pour la suite du nécessaire combat que nous devons mener face aux destructions en cours » se réjouissent néanmoins Les Soulèvements dans un communiqué.

La dissolution du Gale et de la CRI constitue un dangereux précédent.

« Cette concession du Conseil d’État face aux Soulèvements de la Terre doit devenir un levier pour toutes celles et ceux qui veulent lutter contre les mesures liberticides de la loi séparatisme. Nous aspirons à ce que cette victoire puisse servir, pour que plus jamais nous ne laissions le gouvernement dissoudre des collectifs issus des luttes sociales, écologiques et anti-racistes » poursuivent-ils. Et d’afficher leur soutien à la Gale et à la CRI, dont la dissolution « constitue un dangereux précédent. Elle avalise une définition extrêmement large de la notion de provocation. Ainsi, il suffit qu’un mouvement anti-raciste dénonce l’islamophobie pour se voir dissout. Il suffit qu’un mouvement antifasciste dénonce et critique les récurrentes violences policières et l’hégémonie de l’extrême droite pour qu’il n’ait plus de droit d’être. »

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