Aux racines de l’exclusion

La montée depuis des années de la parole raciste et xénophobe laisserait penser que le rejet de l’autre est ancré en France. Mais à quelle profondeur ? Ce rejet est-il contextuel ou anthropologique, social ou idéologique ? Diverses études apportent des éléments de réponse.

François Rulier  • 22 novembre 2023 abonné·es
Aux racines de l’exclusion
Lors de la manifestation du 12 novembre 2023 à Paris.
© Geoffroy VAN DER HASSELT / AFP

Depuis 1990, la Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH) publie un rapport annuel sur le racisme, l’antisémitisme et la xénophobie en France. Dans son 33e rapport, publié en mars 2023 en partenariat avec l’institut Ipsos, elle note la « lente progression de la tolérance » ces trente dernières années. Cette étude au long cours mesure le degré d’ethnocentrisme dans la population en s’appuyant sur l’indice longitudinal de tolérance (ILT) élaboré par le sociologue Vincent Tiberj, professeur à l’Institut d’études politiques de Bordeaux.

L’enquête étudie le poids de différentes variables dans l’adhésion aux préjugés : l’orientation politique et la situation économique sont ainsi fondamentales. Les enquêté·es se positionnant à gauche sont plus tolérants que celles et ceux de droite. En revanche, ce n’est pas tant le niveau de revenu que la situation économique perçue qui compte : plus on se sent menacé de déclassement, plus la tolérance à l’autre est faible. Vincent Tiberj insiste également sur le diplôme et la génération : « Plus une génération est récente, moins elle est raciste. Ce n’est pas l’âge mais le renouvellement générationnel et la société dans laquelle vous prenez place qui comptent. Cet effet de génération n’est pas réductible au fait d’être plus éduqué : à diplôme égal, les millennials sont moins racistes que les personnes nées quarante ans avant. »

Plus une génération est

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