« Les gilets jaunes se battaient pour changer notre quotidien »

Le mouvement des gilets jaunes a cinq ans. Tout le monde se souvient des manifestants à la chasuble jaune. Mais avons-nous souvent entendu leurs enfants ? Haïna nous raconte son histoire, sa fierté.

• 12 décembre 2023
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« Les gilets jaunes se battaient pour changer notre quotidien »
© ev / Unsplash

Le mouvement des gilets jaunes a cinq ans. Quand il a démarré, Haïna en avait le double : 10. Tout le monde se souvient des manifestants à la chasuble jaune. Mais avons-nous souvent entendu leurs enfants ? Comment ont-ils vécu ce moment ? Qu’en pensent-ils aujourd’hui ? Haïna nous raconte son histoire, sa fierté. Son point de vue sur l’engagement de sa mère, une figure de l’un des mouvements les plus forts de ces dernières années.


Je m’appelle Haïna, j’ai 15 ans. J’avais 10 ans quand ma mère s’est engagée parmi les gilets jaunes. J’ai très bien vécu la mobilisation de ma mère au sein de ce mouvement. Même si, c’est vrai, j’avais peur parfois. En fait, j’étais souvent angoissée quand elle ne revenait pas à la maison. Mais je suis fière de ce qu’elle a fait. Elle avait raison. Et pour tout dire, j’ai très bien compris pourquoi elle s’engageait dans ce mouvement. Ça ne m’a pas étonnée. Ma mère, c’est quelqu’un qui s’est toujours préoccupé de son entourage, des problèmes que vivent les gens autour d’elle.

Quand elle rentrait des mobilisations, elle prenait régulièrement le temps de m’expliquer les raisons de son combat. Et de sa détermination à le poursuivre. Elle pensait à elle, à ses amis, à ses collègues. Mais c’est surtout à nous, la génération à venir, qu’elle pensait. J’ai vite compris qu’elle voulait aider notre génération, nous aider à comprendre le monde qui nous entoure et nous sensibiliser pour nous permettre de mieux nous engager contre les violences policières, le racisme ou les inégalités. À l’époque, en 2018 et les mois qui ont suivi, mon quotidien a pas mal changé. Souvent, ma mère devait s’absenter pendant plusieurs jours. J’étais jeune, donc je ne savais pas vraiment ce qu’elle faisait ou quand elle allait rentrer. La panique régnait souvent à la maison.

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Dans le même temps, je suis devenue plus autonome ! J’ai appris à ne rien laisser tomber. À toujours y croire. Je suis fière de ma maman. D’ailleurs, maintenant, je parle souvent de son engagement à mes amis. Je suis même allée la voir lors d’une manifestation, avec mon père. Pour moi, c’est une sacrée fierté ! Elle passe à la télé, elle parle aux radios… Elle est connue pour quelque chose de positif. Tout le monde le sait : elle sait se battre. C’est une femme forte !

Leur histoire a marqué nos histoires, peut-être même l’histoire de France.

Au collège, on a un peu parlé des gilets jaunes, mais uniquement parce qu’un camarade avait engagé la discussion sur le sujet. Sinon, je dois dire qu’on n’en a jamais vraiment débattu en classe. Pourtant, certains de mes camarades avaient eux aussi des membres de leur famille impliqués dans le mouvement. On en discutait rarement entre nous – on était assez jeunes, quand même. Mais j’ai le souvenir que, quand le sujet était évoqué, on disait qu’ils étaient très courageux de faire quelque chose comme ça. Qu’ils se battaient pour changer notre quotidien, celui de notre pays, avec leurs moyens, à notre échelle locale.

Aujourd’hui, l’engagement de ma mère m’inspire beaucoup. Quand je vois toutes ces photos, toutes ces vidéos où elle crie haut et fort ce qu’elle pense, ça me rend tellement heureuse ! Grâce à elle, j’ai su comment il fallait faire pour se battre. Et qu’il est important d’aider, de toujours aider. Même si on ne peut pas faire beaucoup, même si on n’a pas grand-chose, il faut aider et ce sera toujours utile.

Cinq ans plus tard, je pense que ma mère n’a pas fait ça pour rien. C’est une évidence pour moi. Leur histoire, celle des milliers de gilets jaunes, a marqué nos histoires, peut-être même l’histoire de France. Maintenant, je m’en rends vraiment compte : beaucoup de personnes sont derrière elle. Beaucoup de personnes la soutiennent, l’accompagnent dans son combat. Oui, il y a aussi des gens qui la critiquent.
Mais elle sait qu’il ne faut pas lâcher. C’est pour ça qu’elle continue de donner des conférences dans d’autres villes ou dans d’autres pays. Ça montre qu’elle a bien fait de continuer pendant toutes ces années. Parce qu’une chose est sûre : grâce à des personnes comme ma mère, la France ira beaucoup mieux. Pour tout ça, je veux lui dire : je suis fière de toi, maman. Je t’aime.

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