À France Travail, « on est en première ligne du désespoir »
Après les annonces politiques sur le contrôle renforcé des chômeurs, les agents de l’organisme public sont chargés de l’appliquer. Plusieurs d’entre eux confient à Politis leurs difficultés, entre un rapport aux usagers toujours plus compliqué et des conflits intimes de valeurs.
dans l’hebdo N° 1807 Acheter ce numéro

C’était fin 2023 et Michel*, conseiller emploi à France Travail – anciennement Pôle emploi – dans une ville des Hauts-de-France, s’en souvient bien. Le corps d’un homme vient d’être identifié par la police. Il s’est suicidé. Rapidement, des fils sont reliés. Quelques jours auparavant, il avait subi un contrôle de l’organisme public et avait envoyé un message inquiétant, se plaignant de ce contrôle et menaçant de passer à l’acte. « À l’accueil de notre agence, on est une sorte de zone d’observation de la tension sociale. On est en première ligne du désespoir. Et, en ce moment, pour les privés d’emploi, ce n’est pas ça qui manque », souffle le conseiller.
Aux quatre coins du pays, dans les agences des villes petites ou moyennes, ou dans celles des grandes métropoles, le constat opéré par les conseillers de France Travail est le même. « On commence à bien percevoir les effets des réformes successives de l’assurance-chômage. Elles ont des conséquences directes sur les usagers, qui sont moins indemnisés et de moins en moins longtemps. Cela a des conséquences sur leurs conditions de vie concrètes, et nous nous retrouvons confrontés à ces situations de détresse complète », résume Vincent Lalouette, du bureau national du SNU-FSU de France Travail.
Dans la dizaine de témoignages recueillis par Politis, les exemples ne manquent pas. « 'Comment je vais nourrir mes enfants ?', voilà
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