Vous avez dit « violence désinhibée » ?

Emmanuel Macron, chef de l’État français, a déclaré qu’il fallait « protéger » l’école contre une « forme de violence désinhibée ». Violence qu’il fait subir à la société française depuis son arrivée au pouvoir.

Sébastien Fontenelle  • 9 avril 2024
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Vous avez dit « violence désinhibée » ?
Rassemblement et manifestations spontanées sur la place de la Concorde après l'utilisation du 49.3 par le gouvernement pour la réforme des retraites à Paris, le 16 mars 2023.
© Maxime Sirvins

Après l’atroce assassinat d’un adolescent tué la semaine dernière à Viry-Châtillon (Essonne), qui venait après l’odieuse agression d’une autre collégienne à Montpellier, Emmanuel Macron, chef de l’État français, a donc déclaré qu’il fallait « protéger » l’école contre une « forme de violence désinhibée ». Oyant cela, on a d’abord (1) très envie de battre des mains, car, en effet : il faudrait. Puis, juste après, dans la demi-seconde qui suit : on se rappelle.

(1) Et pour peu que l’on prenne très arbitrairement le parti de ne pas entendre dans cette assertion présidentielle l’écho persistant des fantasmagories sur « l’école, sanctuaire sacré de la République » dont les droites françaises nous abreuvent obstinément depuis moult décennies – sans jamais renoncer, pour autant, à discréditer by all means necessary le métier d’enseignant·e.

On se rappelle, pour commencer, l’écrasement policier dans lequel des dizaines de gilets jaunes ont été, entre autres mutilations, éborgné·es, et où Zineb Redouane, 80 ans, a été tuée à Marseille au mois de décembre 2018. Puis on se rappelle la répression, cinq ans plus tard, de l’immense mobilisation des premiers mois de 2023 contre la réforme des retraites. Puis on se rappelle la cruauté hallucinée du châtiment militaire qui s’est abattu au mois de mars dernier sur les milliers de citoyens et de citoyennes qui s’étaient rassemblé·es à Sainte-Soline pour protester contre la destruction de l’environnement – et contre lesquel·les des armes de guerre ont été employées.

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On se rappelle que l’Organisation des Nations unies, épouvantée par ces incessantes fureurs, a plusieurs fois exprimé son inquiétude et appelé – en vain – la Macronie à plus de tempérance. Et donc à moins de férocité. On se rappelle aussi, et plus généralement, que Macron, en 2017, au déjà lointain soir de son élection à la présidence de la République, promettait sans rire qu’il « organis[erait] mieux les solidarités en luttant contre toutes les formes d’inégalité ou de discrimination » et en « garantissant l’unité de la nation ».

En sept ans c’est la société française tout entière qui a été livrée à cette ‘violence désinhibée‘.

Mais qu’au fil de son accablant règne, il a érigé en norme absolue de gouvernement, bien plus encore que ne l’avaient fait ses pourtant rudes prédécesseurs (« socialistes » compris), une violence (anti)sociale qui suinte désormais de chaque mot que prononcent ses ministres – à commencer par le premier d’entre eux, qui ne prononce plus une phrase qui ne soit une nouvelle attaque contre les catégories les plus fragiles de la population, des bénéficiaires des minima sociaux aux malades, en passant par les chômeurs.

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On se rappelle tout cela et l’on voit, très distinctement, derrière la péroraison présidentielle sur la nécessaire protection de « l’école », qu’en sept ans c’est la société française tout entière qui a été livrée à cette « violence désinhibée » qui, de réformes iniques en lois scélérates, anéantit « les solidarités » en creusant quotidiennement « toutes les formes d’inégalité ou de discrimination », et qui porte un nom : le macronisme.

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De bonne humeur

Sébastien Fontenelle est un garçon plein d’entrain, adepte de la nuance et du compromis. Enfin ça, c’est les jours pairs.

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