Patrice Bessac : « Nous ne pouvons pas laisser la France à l’extrême droite » 

Le maire communiste de Montreuil alerte sur la possible arrivée du Rassemblement national au pouvoir, qui créerait un « nouveau système politique » auquel « les maires seront les premiers confrontés ». L’édile en appelle à toutes les gauches en vue de la présidentielle.

Lucas Sarafian  • 24 mai 2024 abonné·es
Patrice Bessac : « Nous ne pouvons pas laisser la France à l’extrême droite » 
Patrice Bessac dans son bureau de maire de Montreuil.
© Maxime Sirvins

L’été dernier, la mort de Nahel, cet adolescent de 17 ans tué par la police le 27 juin, a embrasé la Seine-Saint-Denis. En réponse, le gouvernement a présenté une feuille de route très sécuritaire. Plus d’un an après, quel point de vue avez-vous sur la situation ?

Patrice Bessac : La droite et le gouvernement, comme une grande partie des syndicalistes policiers, ont complètement bloqué le débat de fond sur la considération des populations périphériques et sur le rapport entre la police et la population. En Île-de-France, nombreuses sont les personnes qui, du fait de leur couleur de peau, font l’expérience très régulière de la discrimination dans les rapports à la police, avec des contrôles d’identité arbitraires récurrents. Par exemple, il n’a jamais été question de la résolution des comportements déviants au sein de la police. C’est pourtant nécessaire si l’on veut une police intégralement républicaine.

Le gouvernement a préféré apporter des mesures sécuritaires comme l’augmentation des amendes pour non-respect du couvre-feu ou la possibilité de condamner les parents à des travaux d’intérêt général quand leurs enfants commettent des faits de délinquance. Mais il n’a pas eu le courage de prendre les problèmes de front. Tout en entretenant ce mythe qui expliquerait que l’État engage un « pognon de dingue » pour les banlieues et territoires périphériques. Ce qui est totalement faux.

Les enfants de Seine-Saint-Denis doivent avoir les mêmes droits que les enfants de Paris.

Vous avez rendu public un rapport fin mars visant à dénoncer l’inaction de l’État en matière de services publics en Seine-Saint-Denis. Que révèle-t-il ?

Il ne révèle rien de nouveau. Il dit simplement, après de très nombreux rapports et notamment celui de Stéphane Peu en 2018, la persistance d’une inégalité structurelle en Seine-Saint-Denis dans l’intervention des grands services publics d’État. Si l’on regarde les données sur l’éducation, l’accès au droit, les politiques de l’emploi, le nombre de policiers par habitant ou le nombre de magistrats par habitant, ce département a moins que la plupart des autres départements français. La base du travail n’est pas assurée par l’État dans des conditions égalitaires. C’est une redistribution à l’envers : on prend aux plus pauvres pour donner aux départements les plus riches. Les enfants de Seine-Saint-Denis doivent avoir les mêmes droits que les enfants de Paris. Nous allons publier ce rapport actualisé chaque année.

Comment jugez-vous l’attitude de l’État ?

En octobre 2019, Édouard Philippe, alors Premier ministre, avait fait des déclarations justes lors de la présentation de son plan pour un État plus fort. Il reconnaissait la responsabilité de l’État sur l’exercice des droits fondamentaux devant le service public. Il affirmait que

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