Marie-Jose Tubiana, l’ethnologue qui contredit l’Ofpra

Les réfugié·es du Darfour en quête d’asile peinent à convaincre les autorités des exactions et des violences sexuelles subies. Marie-José Tubiana, par sa connaissance unique de la région, authentifie leurs dires.

Patrick Piro  • 15 mai 2024 abonné·es
Marie-Jose Tubiana, l’ethnologue qui contredit l’Ofpra
Les réfugié·es du Darfour en quête d’asile peinent à convaincre les autorités des exactions et des violences sexuelles subies. Marie-José Tubiana, par sa connaissance unique de la région, authentifie leurs dires.
© Maxime Sirvins

« Déclarations confuses, affirmations insuffisamment étayées sur les sévices graves dont elle soutient avoir été victime », etc. Ces mentions, l’ethnologue Marie-José Tubiana les a lues des dizaines de fois. C’est le motif du rejet par l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra) de la demande d’asile formulée par Naseem. La jeune femme a fui le Darfour, région du Soudan martyrisée par la guerre menée par Khartoum contre les populations non musulmanes. Impensable d’y retourner, sa vie est en jeu. Naseem est venue frapper à la porte de Marie-José Tubiana, qui aide les personnes du Darfour, lui a-t-on dit. La scène est l’un des temps forts du documentaire La Combattante, que Camille Ponsin consacre à l’engagement humanitaire de l’ethnologue.

Au total, elle aura consacré deux séances de trois heures à Naseem, afin de reconstituer avec elle toute son histoire. Au détour d’une phrase, on entend : « Les Janjawid (1) rôdaient, nous frappaient et nous violaient dès qu’ils le pouvaient. » Elle rédigera une attestation destinée à appuyer le recours de Naseem auprès de la Cour nationale du droit d’asile (CNDA), qui fera finalement droit à la demande de la jeune femme.

Le poids des cartes et le sens des mots

Avec une première mission de terrain en 1956, Marie-José Tubiana a acquis une connaissance unique de

Envie de terminer cet article ? Nous vous l’offrons !

Il vous suffit de vous inscrire à notre newsletter quotidienne :

Vous préférez nous soutenir directement ?
Déjà abonné ?
(mot de passe oublié ?)

Pour aller plus loin…

« Partir de Gaza a sauvé mon art »
Portrait 26 juin 2026 abonné·es

« Partir de Gaza a sauvé mon art »

Mohammed Hilles est un violoniste gazaoui de 26 ans. Il y a un peu plus d’un an, il a été évacué de l’enclave palestinienne pour poursuivre ses études et sa musique en France. L’exil pour continuer de jouer. Mais à quel prix ?
Par Charlotte Gauthier
Au-delà du cas Bruel, les rouages d’un système
Analyse 26 juin 2026 abonné·es

Au-delà du cas Bruel, les rouages d’un système

L’affaire touchant le chanteur rappelle une évidence trop souvent oubliée : les violences prospèrent rarement seules. Elles s’inscrivent dans des structures qui les tolèrent, les couvrent ou les encouragent. Comment l’industrie musicale produit des monstres.
Par Lise Lacombe
« La révolution des flamants roses » secoue l’Albanie
Europe 26 juin 2026 abonné·es

« La révolution des flamants roses » secoue l’Albanie

Depuis la fin mai, le « pays des aigles » est en ébullition. Le mégaprojet touristique de la famille Trump sur une zone naturelle protégée est devenu le symbole de la dérive corrompue et autoritaire du régime d’Edi Rama. Mais pas seulement.
Par Simon Rico
Indonésie : à Bangka, l’extraction de l’étain, noir tribut payé à nos écrans
Reportage 25 juin 2026 abonné·es

Indonésie : à Bangka, l’extraction de l’étain, noir tribut payé à nos écrans

Dans l’archipel indonésien, des travailleurs extraient l’étain dans des conditions extrêmement dangereuses. Indispensable à la fabrication des smartphones et des ordinateurs, le précieux métal s’arrache au prix de vies humaines et d’un désastre écologique.
Par Pierre Terraz et Paul Boyer