Patriarcat et capitalisme

La lutte contre le patriarcat et celle contre le capitalisme se rejoignent lorsqu’elles sont une lutte pour l’égalité dans toutes ses dimensions.

Mireille Bruyère  • 15 mai 2024
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Patriarcat et capitalisme
Manifestation pour la Journée internationale droits des femmes, le 8 mars 2023, à Paris.
© Lily Chavance

Les violences sexuelles sont la face terrifiante du rapport social de genre, un rapport de domination qui structure la société. L’écart entre la grande fréquence des violences sexuelles et le très faible taux des condamnations montre qu’il s’agit d’une domination structurelle qui organise la société. Ces violences ne sont pas un phénomène archaïque et résiduel, mais un rapport qui inscrit l’inégalité au cœur des relations intimes et familiales. En ce sens, ce rapport de domination est le berceau d’autres dominations si l’on s’en tient aux récits de vie.

Le capitalisme est lui aussi fondé sur un rapport social de domination dont la face visible est l’exploitation économique des travailleuses et travailleurs. Mais quelles sont les relations entre ces deux rapports sociaux ? La nature des relations entre capitalisme et patriarcat est vivement débattue au sein des luttes sociales, créant parfois des conflits politiques.

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Une première approche suppose que ces deux rapports sont indépendants. Le rapport social de production inégalitaire du capitalisme n’aurait pas besoin de la domination masculine pour fonctionner puisque l’exploitation économique est fondamentalement impersonnelle. Peu importe que les exploités soient des hommes ou des femmes tant qu’ils sont exploités. Une des conclusions politiques de cette vision est que le véritable ennemi est le patriarcat et, que dans une certaine mesure, le capitalisme et ses marchés fondés supposément sur l’égalité des échanges ont contribué à lutter contre la domination de genre. C’est la vision de droite du féminisme.

Le rapport de genre étant plus ancien, il donne une dimension de genre à l’exploitation économique du travail.

Une deuxième approche consiste à penser ces deux rapports comme ayant chacun une logique propre, mais s’influençant mutuellement. Le rapport de genre étant plus ancien, il donne une dimension de genre à l’exploitation économique du travail, c’est l’intersectionnalité. Mais cette approche ne saisit pas bien l’enjeu de la dynamique du rapport de production capitaliste dont le fondement n’est pas la domination, mais l’expansion illimitée de la domination sur le travail vivant et la nature. Il s’appuie sur le patriarcat en assignant aux femmes la reproduction (le soin, les enfants, le ménage…).

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Mais son expansion, visible dans la croissance de la sphère économique, joue comme un renforcement, une cristallisation de l’oppression de genre, comme un arbre qui renforce ces racines pour croître. Ainsi, l’émancipation des femmes ne peut être qu’une indépendance économique, car ces revenus sont issus de l’exploitation et de la division du travail s’appuyant sur l’oppression de genre. La lutte contre le patriarcat et la lutte contre le capitalisme se rejoignent lorsqu’elles sont une lutte pour l’égalité dans toutes ses dimensions.

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