VSS : vers une prise en charge plus empathique des violences

En France, seules 6 % des victimes de viol ont porté plainte en 2023, et la procédure ne débouche sur une condamnation que dans 1 % des cas. Si les femmes hésitent à franchir le pas, c’est aussi parce qu’elles se méfient des institutions judiciaires. 

Salomé Dionisi  • 15 mai 2024 abonné·es
VSS : vers une prise en charge plus empathique des violences
Un graffiti à Nantes, le 1er mai 2024.
© Maylis Rolland / Hans Lucas / AFP

« La justice nous ignore, on ignore la justice ». Cette phrase, prononcée par Adèle Haenel en 2019, met en lumière ce qui est alors un impensé en matière de lutte contre les violences sexistes : doit-on espérer que les victimes se tournent vers le système pénal quand une infime minorité des procédures débouchent sur une condamnation ? Face à ce constat d’échec, dans des essais, des podcasts, à l’étranger aussi, des idées émergent pour une meilleure prise en charge de ces violences.

Dans son premier essai, Classées sans suite. Les femmes victimes de violences face à la justice (1), l’avocate Violaine De Filippis-Abate s’attaque à l’une des issues les plus craintes par les femmes : le classement sans suite. Cette décision, qui intervient après une plainte, signifie qu’elle est enterrée et qu’aucun procès n’aura lieu. Le classement sans suite concerne 80 % des plaintes pour des violences sexistes ou sexuelles. 80 % aussi des victimes de féminicides avaient déjà porté plainte. Plainte classée… sans suite.

Bien sûr, certaines violences sont difficiles à prouver. Encore faut-il, pour trouver des preuves, les chercher. Dans la plupart des cas, l’enquête est très peu poussée, voire inexistante. L’avocate propose donc d’interdire au parquet le classement sans suite avant d’avoir mené les investigations de base : audition de l’homme concerné, de son entourage, saisie de son téléphone portable, etc. Des investigations qui nécessitent des moyens spécifiques. Et donc une réelle volonté politique.

En France, la police et les magistrats commencent à peine à se familiariser avec les ressorts

Envie de terminer cet article ? Nous vous l’offrons !

Il vous suffit de vous inscrire à notre newsletter quotidienne :

Vous préférez nous soutenir directement ?
Déjà abonné ?
(mot de passe oublié ?)

Pour aller plus loin…

Au tribunal de Versailles, les violences sur mineur·es à la barre
Justice 15 juillet 2026 abonné·es

Au tribunal de Versailles, les violences sur mineur·es à la barre

En 2025, au moins 190 000 mineur·es ont été signalé·es comme victimes de violences physiques ou sexuelles. Un chiffre largement sous-évalué. Lorsque des plaintes sont déposées et que les procédures aboutissent, ces dossiers sont la plupart du temps jugés en correctionnelle lors d’audiences spécifiques.
Par Céline Martelet
« En tant que magistrats, nous devons être à la hauteur de l’attente de ces enfants victimes »  
Entretien 15 juillet 2026 abonné·es

« En tant que magistrats, nous devons être à la hauteur de l’attente de ces enfants victimes »  

À Bobigny, où une audience hebdomadaire est consacrée à des dossiers de violence sexuelle sur les enfants, le magistrat Youssef Badr raconte le quotidien d’une justice confrontée à la parole des mineur·es et appelle à mieux les accompagner.
Par Céline Martelet
La prison de Sarko… et celle des autres !
Essai 9 juillet 2026 abonné·es

La prison de Sarko… et celle des autres !

La section française de l’Observatoire international des prisons a lu le Journal d’un prisonnier publié par l’ancien président après ses trois semaines de détention. Avec la linguiste Laélia Véron, elle souligne le contraste entre les conditions très privilégiées de celui-ci et la réalité du quotidien des 87 000 détenus français.
Par Olivier Doubre
Feuilleton judiciaire de Marine Le Pen : trois questions et deux scénarios
Justice 8 juillet 2026

Feuilleton judiciaire de Marine Le Pen : trois questions et deux scénarios

Si l’attention politique et médiatique s’est resserrée autour de la candidature de la cheffe de file du Rassemblement national pour 2027, l’agenda judiciaire ne doit pas être occulté.
Par Céline Martelet