Impôt sur la fortune : le cadeau que veut faire le RN aux plus riches

Dans son programme, le Rassemblement national veut supprimer l’impôt sur la fortune immobilière (IFI) pour le remplacer par un impôt sur les fortunes financières (IFF). Un beau cadeau, uniquement à destination des 1 % les plus riches.

Pierre Jequier-Zalc  • 21 juin 2024
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Impôt sur la fortune : le cadeau que veut faire le RN aux plus riches
Marine Le Pen, à Henin-Beaumont, le 14 juin 2024.
© DENIS CHARLET / AFP

Le sujet n’est que peu revenu dans le débat public ces derniers jours. Que propose le Rassemblement national sur l’impôt sur la fortune (ISF) ? Prompt à défendre les « classes moyennes », la « France qui travaille », celle qui « se lève tôt », on n’a que très peu (voire pas du tout) entendu Jordan Bardella parler de sa position sur le rétablissement, ou non, d’un impôt sur la fortune. Et pour cause, à y regarder de plus près, la proposition du parti d’extrême droite sur cette question fait, tout simplement, un joli cadeau aux plus grands propriétaires immobiliers.

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En effet, à son arrivée au pouvoir, Emmanuel Macron – professionnel, lui aussi, des cadeaux aux plus aisés – avait supprimé l’impôt sur la fortune (ISF). Il l’avait alors remplacé par l’impôt sur la fortune immobilière. Celui-ci impose, très légèrement, les très hauts patrimoines immobiliers. Ainsi, le taux de cette taxe est de 0,5 % pour les biens immobiliers de 1,3 millions d’euros. Il monte, au maximum, à 1,5 % pour les patrimoines immobiliers de plus de 10 millions d’euros ! En 2023, cet impôt a rapporté 1,9 milliard d’euros aux caisses de l’État. Un montant déjà bien faible en comparaison de l’augmentation faramineuse des plus grandes fortunes du pays ces dernières années.

Exonérer les résidences principales de tout ISF

Pourtant, c’est bien cet impôt – qui ne touche que les très riches – que le Rassemblement national souhaite supprimer. C’est ce qu’avait annoncé Marine Le Pen lors des présidentielles en 2022 – programme qui continue de faire foi pour ces législatives. « L’IFI est un impôt qui taxe l’enracinement, le fait pour les Français d’être propriétaires du patrimoine immobilier français », avait-elle ainsi justifié dans Le Parisien.

Dans les colonnes du quotidien, elle expliquait alors vouloir remplacer cet impôt sur la fortune immobilière par un autre sur la fortune financière. Le but de ce changement : exonérer les résidences principales de tout impôt sur la fortune. Son argument de justification était alors lunaire : cela « protégera les classes moyennes qui entraient parfois dans l’ISF du fait de la simple valorisation d’un patrimoine immobilier familial », déclarait la patronne du RN.

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Une affirmation totalement erronée, voire aberrante. En effet, comme le montre l’Observatoire des inégalités, moins d’1 % des Français détiennent un patrimoine supérieur à 1,3 million d’euros… Surtout, la résidence principale bénéficie déjà d’un abattement fiscal dans l’IFI actuel. Ainsi, seules les résidences principales de plus d’1,9 million d’euros sont aujourd’hui soumises à cet impôt. Posséder une résidence principale de presque 2 millions d’euros, voici donc la fameuse classe moyenne défendue par le RN… Une insulte aux 50 % des Français qui détiennent un patrimoine inférieur à 100 000 euros. « C’est un cadeau aux multimillionnaires. Les masques tombent », souffle Thomas Piketty, l’économiste spécialiste des inégalités de patrimoine.

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Ainsi, si le Rassemblement National s’est indigné de la suppression de l’impôt sur la fortune par Emmanuel Macron, il ne promet guère mieux. Il a même voté contre son rétablissement lors de l’examen du budget 2023. Pire, le nouvel impôt sur les fortunes financières (IFF) qu’il propose devrait ainsi rapporter moins que l’ancien ISF. Or, celui-ci, qui ne rapportait que 4 milliards par an, était déjà largement inefficace pour imposer les plus grandes fortunes, comme l’ont montré de nombreuses études. A contrario, le Nouveau Front Populaire espère toucher près de 15 milliards d’euros en rétablissant un impôt sur la fortune plus efficace qui n’exonèrerait ni les grandes propriétés immobilières, ni les biens professionnels (actions etc). L’inverse, donc, du Rassemblement national qui préfère les cadeaux aux plus riches à la justice fiscale.

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