Écoféminisme : de la nature et des femmes
Conceptualisé il y a un demi-siècle, l’écoféminisme gagne en popularité depuis plusieurs années. La réédition de l’essai d’Ariel Salleh promet une lecture estivale stimulante.
dans l’hebdo N° 1820-1824 Acheter ce numéro

© Raphael Kessler / Hans Lucas / AFP
Les collections d’accueil de cette réédition, un quart de siècle après la publication initiale (1997), annoncent la couleur : « Boomerang, un passé qui nous revient en pleine face » pour le Passager clandestin, et « Domaine sauvage, ouvrages fondateurs de la pensée écologiste » pour les éditions Wildproject. Assurément, l’essai d’Ariel Salleh, Pour une politique écoféministe. Comment réussir la révolution écologique, laisse difficilement indifférent.
L’autrice, sociologue australienne née en 1944, est une figure de la pensée écoféministe. Universitaire et militante, elle participe aux débats et aux combats de l’écoféminisme depuis plusieurs décennies, dans la lignée de Françoise d’Eaubonne, qui nomma ce courant dès 1974, dans Le Féminisme ou la mort. Les années 1990, durant lesquelles Ariel Salleh publie son ouvrage, connaissent d’intenses débats au sein tant des réflexions féministes que de la gauche radicale. En participant à la revue Capitalism Nature Socialism dès sa création en 1988, Ariel Salleh tente d’imposer l’écoféminisme dans ces reconfigurations idéologiques post-guerre froide.
Cet ouvrage est traversé par une équation : H/F = N. Les Hommes se distinguent des Femmes, lesquelles sont assimilées à la Nature. Une Nature à laquelle sont également renvoyés les peuples autochtones. Ce paradigme serait au fondement d’une culture patriarcale millénaire, qui procède d’une même volonté et d’un même exercice de domination tant de la nature que des femmes, l’une n’allant pas sans l’autre. Si l’autrice cible tout particulièrement la « culture patriarcale capitaliste eurocentrée », elle n’ignore pas les formes que cette culture a pu prendre en d’autres temps et d’autres lieux, et ne voit dans le capitalisme que la forme la plus récente d’une telle culture patriarcale.
"Fondements libidinaux"Cette dernière s’expliquerait, selon elle, par des ressorts psychanalytiques : la volonté de produire, de dominer la nature ou encore la construction de la science européenne reposeraient ainsi sur des « fondements libidinaux ».
Soucieuse d’inscrire son analyse dans un matérialisme incarné, Ariel Salleh interroge le voile jeté sur les activités de reproduction, pourtant vitales, mais réalisées par les femmes, la paysannerie du tiers-monde et les peuples autochtones : de la maternité à l’agriculture respectueuse des temporalités naturelles, ces activités sont invisibilisées ou discréditées par une culture du développement faisant la part belle au « progrès », mû par une vision instrumentale du monde et qui ne s’accomplirait que dans le contrôle et l’exploitation de la nature.
L’autrice rappelle l’importance du travail domestique, réalisé principalement par les femmes au bénéfice
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