Malgré la courte majorité du NFP, la Macronie rêve surtout de s’allier avec la droite

Le camp présidentiel tient à son idée de coalition des sociaux-démocrates jusqu’aux gaullistes. Mais la gauche même la plus modérée est très loin d’être prête à la manœuvre. Contrainte, la Macronie ne cesse de donner des gages à la droite sur le fond comme sur la forme.

Lucas Sarafian  • 31 juillet 2024 abonné·es
Malgré la courte majorité du NFP, la Macronie rêve surtout de s’allier avec la droite
Le président LR des Hauts-de-France, Xavier Bertrand, en compagnie de Gabriel Attal et Gérald Darmanin, le 13 octobre 2023 après l’attaque au couteau au lycée d’Arras qui a fait un mort et deux blessés, pourrait être le candidat idéal à la tête d’un gouvernement mêlant des figures de droite et des macronistes.
© Ludovic Marin / Pool / AFP

Tout est permis pour ne pas respecter les équilibres politiques du pays. Emmanuel Macron et les siens en font presque une règle d’or. Admettre que le Nouveau Front populaire (NFP) se place en première position des législatives des 30 juin et 7 juillet ? Hors de question. Nommer Lucie Castets, candidate désignée par la gauche, à Matignon ? Pas au programme. La gauche ne cesse de crier au « déni de démocratie ». Peu importe. En Macronie, on ne dévie pas de sa ligne. Jamais. Le plan du chef de l’État est simple : le grand bloc central qu’il est censé représenter doit dicter sa feuille de route jusqu’à la prochaine présidentielle en 2027.

Le 23 juillet, interrogé sur France 2 depuis la terrasse du Musée de l’homme, Emmanuel Macron campe sur sa position : une nouvelle coalition doit se construire en réunissant le camp présidentiel – le Modem, Renaissance et Horizons – et des forces politiques qu’il estime être « modérées », c’est-à-dire tout ce qui n’est pas la France insoumise et le Rassemblement national.

Il appelle ainsi les députés du Parti socialiste et ceux du groupe de la Droite républicaine (nouveau nom du groupe des Républicains à l'Assemblée), désormais présidé par Laurent Wauquiez, député de la Haute-Loire et futur ex-président de la région Auvergne-Rhône-Alpes. « Je leur enjoins de travailler ensemble. C’est ce que les Français veulent et je suis le garant de cela. Et donc, je leur demande de travailler ensemble durant cet été », explique Emmanuel Macron.

Proximité idéologique avec la droite

Nous avons besoin d’alliés, donc on se tourne vers LR.

É. Woerth

Mais pour le moment, les macronistes ne semblent regarder qu’à droite. Le 18 juillet, Gabriel Attal, Premier ministre démissionnaire et président du groupe Ensemble pour la République (EPR), deale directement avec Laurent Wauquiez une répartition des postes clefs à l’Assemblée nationale : la droite soutient Yaël Braun-Pivet au poste de présidente de l’hémicycle en échange des votes macronistes en faveur de la droite pour sept autres postes, dont deux vice-présidences, une questure, la présidence de la commission des finances, la fonction de rapporteur général du projet de loi de financement de la Sécurité sociale et deux secrétaires du bureau.

« Compte tenu du contexte politique, il est normal de vouloir chercher à construire un accord entre les groupes qui expriment aussi une proximité idéologique. Soit on considère que la France est bloquée, soit on essaie de progresser sur la sécurité, la santé, l’école… Pour cela, nous avons besoin d’alliés, donc on se tourne vers LR », estime alors Éric Woerth, député Renaissance de l’Oise et transfuge des Républicains. « Ce n’est pas un accord en catimini, c’est assumé. J’ai dit dès le début qu’on ferait tout pour bloquer la France insoumise », justifie Laurent Wauquiez quelques jours plus tard. Le pari est plutôt réussi : la Droite républicaine remporte deux vice-présidences, une questure et le poste de rapporteur général de la commission des Affaires sociales. Le début d’un accord est là.

La liste de courses de Laurent Wauquiez...

De son côté, la Droite républicaine concocte pendant quinze jours un « pacte législatif ». Le président Laurent Wauquiez a demandé aux députés de son groupe de lui faire remonter des idées qui pourraient être défendues en propositions de loi.

« On a une situation de crise avec un pays qui ne peut pas attendre, qui ne peut pas se payer le luxe d’un blocage avec des mois et des mois que nous passerions à ne rien faire. Le pays ne peut pas attendre parce que les Français le mesurent quotidiennement dans leurs vies. Tous les signaux de la dégradation accélérée de l'État de la France sont là : en termes de pouvoir d’achat, de finances publiques, de sécurité, d’immigration, de fonctionnement des services publics, développe Wauquiez, le 22 juillet à l’Assemblée. L’objectif pour nous était de trouver des solutions, d’enfin mettre du positif sur la table dans le prolongement de ces élections, des propositions communes qui puissent permettre d’avancer. »

Une loi sur le logement se donne pour objectif de mettre fin au 'droit au HLM à vie'.

La liste de courses est longue et… radicale. Un paquet de 13 propositions de loi censées restaurer l’autorité de l’État et lutter contre les « dérives de l’assistanat ». Parmi elles, un texte consacré à la justice des mineurs, allongeant la durée des détentions provisoires, créant des courtes peines dans des établissements dédiés, et autorisant les comparutions immédiates pour les mineurs (Gabriel Attal, alors Premier ministre non démissionnaire, s’était dit favorable en mai à la comparution immédiate pour les mineurs dès 16 ans).

Une loi sur le logement se donne pour objectif de mettre fin au « droit au HLM à vie ». La proposition de loi concernant l’immigration plaide pour le conditionnement de l’accès aux aides sociales à une durée de présence minimale, le remplacement de l’aide médicale d’État (AME) par une aide médicale d’urgence, la réinstauration du délit de séjour irrégulier, ou l’exclusion des personnes visées par OQTF du droit à l’hébergement d’urgence. À droite toute.

La macronie est séduite

Dans la foulée, certains cadres du camp présidentiel se réjouissent de ces propositions, voyant en elles la perspective de sortir de la crise. Et peu importe si elles ne répondent plus du tout à la marque « ni droite, ni gauche » du macronisme. « Quelle est la coalition qui aurait du sens, qui offrirait de la stabilité et de la cohérence politique ? » se demande Aurore Bergé, la ministre déléguée démissionnaire chargée de l'Égalité entre les femmes et les hommes, le 24 juillet sur la chaîne de Vincent Bolloré, CNews. Elle plaide pour un accord entre les trois blocs de l’ancienne majorité présidentielle et de la droite de gouvernement : « La droite propose un pacte législatif. Honnêtement, je ne vois pas d’irritants dans ce pacte législatif. Il y a des lignes rouges qu’ils posent, on pose les mêmes. »

Xavier Bertrand est un homme politique avec une très grande compétence.

Gérald Darmanin

« Je suis très heureux, ça me rend très optimiste de voir qu’il y a notamment à droite – j’espère qu’il y en aura à gauche dans un second temps – des appels du pied et des propositions de fond qui ont été mis sur la table. Ce sont des bonnes premières bases pour travailler sur cette coalition », affirme Paul Midy, sur BFMTV le 16 juillet. Dans un message envoyé aux députés Ensemble pour la République le 16 juillet, Gérald Darmanin, actuel ministre démissionnaire de l’Intérieur, aurait salué l’initiative de la droite et jugerait les idées défendues par les troupes de Laurent Wauquiez « très intéressantes ».

Dans les couloirs du Palais Bourbon, un nom circule : Xavier Bertrand. Le président Les Républicains de la région Hauts-de-France pourrait être le candidat idéal d’un gouvernement mêlant des figures de droite et des macronistes. Pour Sabrina Agresti-Roubache, secrétaire d’État démissionnaire chargée de la Ville, « c’est un grand républicain parmi les Républicains et un grand président de région », le 30 juillet sur CNews. La veille sur France 2, Gérald Darmanin considère que son ami est « un homme politique avec une très grande compétence ».

L'« aile gauche » renâcle

Toutefois, les louanges ne sont pas partagées par toute la Macronie. « Une majorité de députés sous la bannière Ensemble pour la République avec qui j’ai échangé ne veulent pas d’une coalition exclusive avec LR. Pour une raison de fond d’abord : le pacte législatif proposé par Laurent Wauquiez est un programme très à droite qui ne correspond pas au point d’équilibre d’Ensemble », estime l’eurodéputé Renew Pascal Canfin dans Le Monde le 29 juillet. Comprendre : l’aile gauche du camp présidentiel ne serait pas prête à participer à un accord

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