À Paris, en soutien à Gisèle P. : « On en a marre de survivre »

Lancée à l’appel de la militante féministe Anna Toumazoff, une série de rassemblements s’est organisée ce 14 septembre dans toute la France en soutien à Gisèle P. et à toutes les victimes de violences sexuelles.

Hugo Boursier  • 14 septembre 2024 abonné·es
À Paris, en soutien à Gisèle P. : « On en a marre de survivre »
À Paris, le rassemblement en soutien à Gisèle P. et à toutes les victimes de violences sexuelles a rassemblé plusieurs milliers de personnes.
© Maxime Sirvins

Et si le procès de Mazan était « un point d’appui » historique dans la lutte contre les violences sexistes et sexuelles (VSS) ? C’est l’espoir qu’a lancé la journaliste Giulia Foïs (1) à la foule amassée au pied de la statue de la République, à Paris, ce samedi 14 septembre. Lancée à l’appel de la militante féministe Anna Toumazoff, une série de rassemblements en soutien à Gisèle P. et à toutes les victimes d’agression ou de viol était organisée dans de nombreuses villes en France.

(Photo : Maxime Sirvins)

C’est l’ampleur inédite de ce procès - 51 hommes sont accusés d’avoir violé Gisèle P., méthodiquement droguée par son mari, pour des faits s’étalant sur dix ans -, et la visibilité de tous les autres, qui pousse Giulia Foïs, devant plusieurs milliers de personnes présentes au rassemblement parisien, à croire à un sursaut des pouvoirs publics et des hommes en général face à la culture du viol.

Au milieu de pancartes où l’on pouvait lire « Pas tous les hommes mais que des hommes », ou « Les monstres n’existent pas, les violeurs si », la journaliste a notamment fait référence au mouvement de contestation qui s’était engagé en Espagne, en 2022, après que cinq hommes ont été condamnés pour « abus sexuels » et non « pour viol ». Des manifestations inédites qui avaient conduit à une intégration du mot « consentement » dans la définition pénale du viol.

"Nous espérons que ce procès amènera toutes les femmes à se soulever et à se mettre en grève" espère Maud Pidou, des CIDFF. (Photos : Maxime Sirvins.) 

« Le juge avait sous estimé la colère des femmes. Elles ont dit qu’elles n’allaient plus retourner au travail, qu’elles n’allaient plus étudier. Elles ont fait grève. Elles sont allées dans la rue. Et aujourd’hui, l’Espagne a mis le blé qu’il fallait. Parce que oui, quand on aime, on compte », a pointé la journaliste. Maud Pidou, des Centres d’information sur les droits des femmes et des familles (CIDFF), a aussi rappelé les « 3 milliards d’euros » dont a besoin la lutte contre les violences sexistes et sexuelles. « Nous espérons que ce procès amènera toutes les femmes à se soulever et à se mettre en grève », a-t-elle appelé.

Justice, éducation nationale, services de santé, de police et de gendarmerie : plusieurs intervenantes et intervenants ont pointé le manque de formation sur la lutte contre les VSS au sein des pouvoirs publics. Mais ce sont aussi, et surtout, l’attitude des hommes, leur inaction et la banalité de leurs violences qui ont été dénoncées.

"Arrêtons de penser qu’il existe une nature masculine qui justifierait nos comportements. Il n’y a pas de nature dominante mais une volonté de dominer " a expliqué Morgan Noam, psychologue. (Photo : Maxime Sirvins.)

Le psychologue Morgan Noam, engagé sur la lutte contre le sexisme notamment sur sa page Instagram, enjoint, par exemple, les hommes à prendre en charge leurs émotions. « Acceptons de nous remettre en question. Nos mères, nos sœurs et nos copines ne sont pas nos psys. Arrêtons de penser qu’il existe une nature masculine qui justifierait nos comportements. Il n’y a pas de nature dominante mais une volonté de dominer », explique-t-il. Une intervention suivi d’un slogan « Les hommes chez le psy » scandé par les personnes présentes.

Pour la plupart vous êtes des violeurs, mais en plus vous fermez vos gueules quand vos amis sont des violeurs.

Jessica

S’adressant elle aussi directement aux hommes, Jessica, du collectif #NousToutes, a fait soulevé la foule par un discours particulièrement fort. « C’est à cause de vous, parce que non seulement pour la plupart vous êtes des violeurs, mais en plus vous fermez vos gueules quand vos amis sont des violeurs. On vous reproche pas seulement d’être des violeurs, on vous reproche de fermer vos bouches », lance-t-elle, lassée de devoir répéter sa « colère ». « On en a marre de survivre, on en a marre d’avoir peur ». Au procès des violeurs de Mazan, deux hommes ayant pris contact avec Dominique P. s’étaient finalement rétractés, sans

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