Art de la subversion, bêtise du pouvoir
Dans un livre construit comme un dictionnaire, le plasticien et réalisateur Martin Le Chevallier répertorie les nombreuses tentatives de résistants et d’artistes pour glisser un grain de sable dans la mécanique des pouvoirs.
dans l’hebdo N° 1833 Acheter ce numéro

© Patxi Beltzaiz / Hans Lucas / AFP
Ils voulaient collectiviser Facebook, dissoudre l’OMC, danser toute la nuit dans une centrale nucléaire. Certains étaient artistes, d’autres étaient activistes, paysans, esclaves. Tous étaient subalternes. Ce livre leur rend hommage en répertoriant, à la manière d’un dictionnaire, les trésors d’inventivité dont ils et elles firent preuve pour « déstabiliser les dogmes, ridiculiser les puissants ou édifier des alternatives insolites », bref, pour froisser l’ordre politique, social ou économique.
« En février 1861 dans le futur Sénégal, l’armée coloniale française traque le marabout résistant Almamy Fossar Souané. Lorsque les troupes franchissent la Casamance pour attaquer le village où il s’est réfugié, le marabout leur oppose ses propres 'soldats' : une nuée d’abeilles. La bataille se soldera, au bout d’une demi-heure, par une débâcle des envahisseurs tricolores. Le 30 mai 2006, l’artiste français Julien Prévieux se fait dédicacer un livre par le ministre de l’Intérieur, Nicolas Sarkozy. Grâce à ce subterfuge, il recueille ses empreintes digitales. L’artiste réalise ensuite des tampons permettant de placer ces empreintes n’importe où, et de mettre potentiellement dans une position de suspect le patron des policiers français. »
On trouve des centaines d’exemples comparables dans l’ouvrage de Martin Le Chevallier. Avec eux, il devient possible de définir mieux ce que la « subversion » signifie et le mode critique de participation politique qu’elle recouvre. Les pratiques subversives célèbrent une certaine indiscipline, tranchant avec les formes institutionnalisées de la contestation et du conflit social que sont la manifestation, la grève ou le vote contestataire. Est subversif tout acte qui se joue des sympathies que le pouvoir entretient avec la domination, la cruauté, l’arbitraire pour lui renvoyer au visage sa part grotesque, grimaçante.
La subversion, c’est la blague, le calembour, l’ironie ou l’humour noir formulés dans la grammaire du pouvoir.
La subversion, c’est la blague, le calembour, l’ironie ou l’humour noir précisément formulés dans la grammaire du pouvoir ; subvertir exige ainsi des moyens pirates, des communications subliminales, des formats palimpsestes… Dans Le Nouvel esprit du capitalisme, Luc Boltanski et Eve Chiapello ont décrit comment le capitalisme mute parfois pour « incorporer une partie des valeurs au nom desquelles il [est]
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