Algérie : la mémoire entravée de la colonisation

Idées

En 45 questions, Thomas Snégaroff et Benjamin Stora retracent deux siècles de domination, de luttes et d’exils.

Denis Sieffert  • 21 novembre 2025 abonné·es
Algérie : la mémoire entravée de la colonisation
Collage d'images sur la guerre d'Algérie (1954-1962).
© Madame Grinderche / Wikipédia / Domaine public

Loi d’amnistie ou lois d’amnésie ? Entre 1962 et 1982, la France fait fonctionner l’ardoise magique. Après 1968, les militaires et les fonctionnaires responsables de massacres et de tortures pendant la guerre d’indépendance algérienne sont amnistiés. L’un des principaux dirigeants de l’Algérie française, Jacques Soustelle, terminera même à l’Académie, et, en 1982, François Mitterrand réintègre dans l’armée les auteurs du putsch de l’OAS.

L’historien Benjamin Stora, dans l’ouvrage qu’il publie avec le journaliste et historien Thomas Snégaroff, parle d’une « mémoire entravée ». Le livre se présente comme un grand entretien retraçant cette histoire de 132 années depuis le débarquement des troupes françaises à Sidi Ferruch, le 14 juin 1830, jusqu’aux accords d’Évian de mars 1962. Rien n’est laissé dans l’ombre, des villages massacrés dans la phase de « conquête », de l’émergence du mouvement indépendantiste avec la grande figure de Messali Hadj, jusqu’à la torture et la répression pendant la guerre (1954-1962).

Et même au-delà, car les irascibles de la période coloniale n’ont jamais vraiment rendu les armes, fussent-elles idéologiques. Les auteurs soulignent que « la défense de l’Algérie française », devenue nostalgie très active, est « une composante essentielle de l’idéologie d’extrême droite ».

Les auteurs ne font pas silence non plus sur les entraves à la mémoire côté algérien. Leur livre est un exercice remarquable de pédagogie, riche de données statistiques sur les

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