Au procès du FN-RN, les prévenus plombent leur défense
Après les auditions des députés et de leurs collaborateurs, incapables de remettre en cause le bien-fondé de l’accusation, le procès des assistants parlementaires européens du FN va se pencher plus spécifiquement sur le « système » de financement détourné que suspecte la justice.

© Thomas SAMSON / AFP
Le doute n’effleure pas Laure Lavalette. Comme toutes les têtes d’affiche du Rassemblement national (RN), la porte-parole du groupe à l’Assemblée nationale ne voit pas ce que les juges pourraient reprocher à sa patronne. « On n'imagine même pas de plan B parce que je ne pense pas que Marine Le Pen soit effectivement condamnée », lance-t-elle crânement au journaliste de LCI qui l’interroge sur l’issue possible du procès des assistants fictifs du Front national. Une lourde condamnation financière du parti et de son éternelle candidate, assortie pour elle d’une peine d’inéligibilité, compromettrait la présidentielle.
Or ce 25 octobre, l’assurance affichée par Laure Lavalette tient autant de la méthode Coué que du déni. Cela fait quatre semaines que Marine Le Pen et 23 autres prévenus, anciens députés européens et leurs assistants, défilent à la barre de la 11e chambre du tribunal correctionnel de Paris. Les élus doivent y répondre de « détournement de fonds publics » pour avoir embauché un ou des collaborateurs parlementaires qui œuvraient au siège du mouvement. Ces derniers sont poursuivis pour « recel de détournement de fonds publics ». Or ni les uns ni les autres ne sont réellement en mesure de prouver que le travail pour lequel les fonds européens rémunéraient ces assistants a bien été effectué.
Absence de preuvesÀ l’instar de Marine Le Pen qui juge les archives inutiles, comme elle l’a confié au tribunal, les eurodéputés qui défilent à la barre n’ont rien conservé des notes, synthèses, courriers, ou vidéos du rude travail de leurs assistants. « Pas même un post-it ? » ironisa un jour le conseil du Parlement européen, partie civile.
Élue en 2014, l’eurodéputé Mylène Troszczynski, modeste bachelière qui s’est faite toute seule, s’excusait presque d’être « une très mauvaise archiveuse » et de ne pouvoir prouver que Julien Odoul, recruté le 1er octobre sur un contrat d’assistant parlementaire local (APL) qui courra jusqu’au 31 juillet 2015, rémunéré au total 56 000 euros, l’avait assistée. L’élue est aussi une surprenante recruteuse. À la barre du tribunal elle reconnaît ne pas avoir procédé à un entretien d’embauche « au sens où on peut l'entendre ».
La présidente du tribunal, Bénédicte de Perthuis, lui demande si Julien Odoul était un militant politique. « On me l’a vendu comme tel », réplique-t-elle du tac-au-tac. « On m'a présenté son CV, en me disant que c'était quelqu'un de bien. Il avait déjà une petite expérience, j’ai dit pas de souci. » Elle n’a pas discuté de son salaire avec lui, ni rédigé vraiment son contrat. La signature s’est faite sans rencontre physique.
L’intenable version de Julien OdoulDe son côté, Julien Odoul, qui avait été assistant parlementaire d’André Santini après un bref passage au cabinet de Bruno Le Maire, ministre de l’Agriculture, s’était rapproché du FN au printemps 2014 avec un objectif revendiqué et assumé : travailler auprès de Marine Le Pen. Et c’est avec son chef de cabinet, Philippe Martel, qu’il a établi le contact et dévoilé son intention. Ce dernier lui fait part par SMS le 12 septembre du montage envisagé :
- « Ouf, c'est Ok Montage financier ds une Semaine »- « Alelluia !!!! »- « Tu seras peut-être pris en charge par le Parlement européen ce qui est parfaitement neutre »- « Aucun problème. Tu me diras quand le contrat sera prêt pour que je vienne le signer »- « Je vois WSJ [Wallerand de Saint-Just, trésorier du FN, N.D.L.R.] mardi et te tiens informe »
Le 10 février 2015, soit près de 4 mois après le début de son contrat d'APL, Julien Odoul demande par courriel à Marine Le Pen la possibilité de venir à Strasbourg « pour voir comment se déroule une session au PE, rencontrer députés et assistants et faire la connaissance de Mylène Troszczynski à qui je suis rattaché ». « Oui bien sûr », lui répondait Marine Le Pen.
À la lecture par le tribunal de ces échanges versés à la procédure, Julien Odoul, aujourd’hui député de
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