Défaite de Kamala Harris : secousses dans la gauche française

L’échec de la candidate démocrate ravive les divisions stratégiques et programmatiques entre les composantes du Nouveau Front populaire sur la manière de combattre l’extrême droite.

Pierre Jequier-Zalc  et  Lucas Sarafian  • 13 novembre 2024 abonné·es
Défaite de Kamala Harris : secousses dans la gauche française
Kamala Harris, lors de son discours de concession de défaite, à l'université Howard à Washington, DC, le 6 novembre 2024.

La défaite de Kamala Harris face à Donald Trump ressemble peut-être à une prédiction. C’est en tout cas ce que redoute la gauche française qui cauchemarde son naufrage dans un second tour face à la triple candidate à la présidentielle du Rassemblement national (RN), Marine Le Pen. Comment ne pas prendre le même chemin que la candidate malheureuse ? La question, vertigineuse, fait renaître les fractures idéologiques latentes à gauche. Quel projet porter ? De quoi parler ? Quels sujets politiser ?

Au sein de La France insoumise (LFI), on parie depuis la naissance du mouvement sur l’effritement du bloc central et l’affrontement entre un bloc de gauche de rupture et l’extrême droite au second tour de la prochaine présidentielle. La défaite de Kamala Harris, que les insoumis décrivent comme une centriste plus qu’autre chose, conforte la stratégie du camp de Jean-Luc Mélenchon.

Selon le triple candidat à la présidentielle, seule une gauche radicale et radicalement opposée au libéralisme peut emporter une majorité de Français. « 1) On ne bat pas l’extrême droite réactionnaire sans un projet alternatif clair. 2) On ne mobilise pas le peuple sur une ligne néolibérale et sans ruptures sociales et géopolitiques », écrit sur X le coordinateur de LFI, Manuel Bompard.

Pour étayer leur argumentaire, les insoumis relèvent la « mollesse » de Kamala Harris sur les questions économiques. Pendant sa courte campagne, la candidate démocrate a défendu une vision du monde faite d’« opportunités », en soutenant fiscalement les jeunes entrepreneurs et le « small business » avec une aide aux start-up jusqu’à 50 000 dollars ou des baisses d’impôts sur les petites entreprises. Un libéralisme assumé, en somme.

Il faut assumer notre volonté de rompre avec le système et de porter une alternative progressiste.

S. Véziès

« Sauf qu’aujourd’hui, dans une grande partie des classes populaires et moyennes, on assiste à une remise en cause profonde des conséquences de la mondialisation. Et le parti démocrate est modéré sur cette question-là, étant donné qu’il a été moteur dans l’émergence de cette nouvelle économie, qui a certes entraîné un enrichissement colossal mais qui ne bénéficie pas à une grande partie de la population », explique Romain Huret, directeur d’études à l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS), spécialiste de

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