« Des événements comme la COP 29 n’apportent pas de transformations politiques profondes »
Le collectif de chercheurs Scientifiques en rébellion, qui se mobilise contre l’inaction écologique, sort un livre ce 8 novembre. Entretien avec un de leur membre, l’écologue Wolfgang Cramer, à l’approche de la COP 29 à Bakou.

© Scientifiques en rébellion
Alors que la COP 29 s’ouvre dans quelques jours à Bakou, en Azerbaïdjan, le collectif Scientifiques en rébellion, branche française de Scientist Rebellion, sort un livre ce 8 novembre aux éditions du Seuil, Sortir des labos pour défendre le vivant. Le collectif s’est formé à la suite de l’appel des 1000 scientifiques publié dans le journal Le Monde en 2020 et est lié au mouvement écologiste international Extinction Rebellion. Comme ce dernier, il prône l’usage de la désobéissance civile non violente face à l’ampleur de l’inaction écologique.
Parmi les 500 membres du collectif, issus de disciplines variées, neuf d’entre eux ont contribué à l’écriture de l’ouvrage. Dans ce livre, ils reviennent sur l’historique de Scientifiques en rébellion, les raisons de son existence, les questionnements sur l’impartialité scientifique et les répercussions de leurs actions. Les auteurs résument, « face à la gravité de la situation, [...] Il est de la responsabilité des chercheuses et chercheurs de s’engager pour que le fruit de leurs travaux contribue à changer les politiques et les imaginaires. »
Écologue et géographe, directeur de recherche au Centre national de la recherche scientifique (CNRS), Wolfgang Cramer contribue depuis plus de 30 ans au Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec). Depuis presque trois ans, il s’est engagé au sein du collectif Scientifiques en rébellion et est coauteur du livre.
À titre personnel, quand avez-vous rejoint le collectif et pourquoi ?
Wolfgang Cramer : Pendant presque toute ma carrière de chercheur, j’étais convaincu que les scientifiques devaient rester neutres, qu’il fallait parler avec les politiques de manière respectueuse et ne pas afficher publiquement d’engagement politique. Dans mon laboratoire en Allemagne, c’était une ligne quasi officielle : on ne doit pas exprimer notre opinion sur les politiques actuelles et s’exprimer uniquement sur des enjeux scientifiques. J’ai défendu cette position dès le début de ma participation au deuxième groupe de travail du Giec en 1994, et j’ai compris beaucoup plus tard, il y a environ trois ans, que je me trompais sur toute la ligne.
Lors de la COP 21 en 2015, comme plein d'autres de mes collègues, j’ai eu l’espoir d’une vraie prise de conscience de la part des décideurs avec la signature de l’accord de Paris. En mai 2022, le président Emmanuel Macron a reçu à l'Élysée des scientifiques du Giec, dont Valérie Masson-Delmotte, Jean Jouzel et moi-même. Cette discussion m’a fait sérieusement douter de la capacité de la classe politique à réellement entamer la transformation nécessaire de nos sociétés, pourtant documentée par le Giec en 2018 et approuvée par les représentants des gouvernements du monde entier. Il n’y a aucune volonté de prendre en compte les réalités sociales et les souffrances des personnes défavorisées. J’ai compris qu’il fallait se mobiliser autrement, j’ai décidé de rejoindre Scientifiques en rébellion.
Un scientifique est un citoyen comme un autre. On ne peut pas se détacher de toute conviction en laboratoire.
Je n’étais pas sur place mais l'occupation du Muséum national d'histoire naturelle par le collectif Scientifiques en rébellion, dans la nuit du 9 au 10 avril 2022, est une mobilisation qui m’a particulièrement marqué. De mon côté j’ai notamment participé à la "COP 28 alternative" où nous avons organisé des tables rondes avec des scientifiques, des journalistes et des militants. Je n’ai encore jamais participé moi-même à des actions de désobéissance civile, mais étant donné l’urgence à agir, je n’exclus pas cette option dans le futur. C’est une décision personnelle difficile car on s’expose à des
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