« On peut créer n’importe où n’importe quand »

La notion de temps libre dans la création ne serait-elle pas à relativiser ? Voici quelques réponses avec des artistes et des écrivains.

Christophe Kantcheff  • 18 décembre 2024 abonné·es
« On peut créer n’importe où n’importe quand »
Une œuvre éphémère de l’artiste de land art Roger Dautais à Ouistreham.
© MYCHELE DANIAU / AFP

"Je me promène dans le maquis, on croit que je me promène, mais je travaille. Je tourne des phrases dans mon esprit, j’échafaude des scènes de mon roman que je suis en train d’écrire (1). » Ne pas se fier aux apparences, c’est ce que dit ici Jean-Philippe Toussaint : quand un écrivain semble ne rien faire par rapport à sa création en cours, il est très vraisemblable qu’il soit en train d’y penser, voire – Toussaint employant le mot – d’y travailler.

Voilà qui relativise beaucoup la notion de temps libre. Les artistes que nous avons interrogés sur cette question nous le confirment. « Il est très difficile de déterminer ce qui est travail et ce qui ne l’est pas, dit le musicien et compositeur Sylvain Chauveau. Vie professionnelle et vie privée se mêlent intimement, presque à tous moments. Bien sûr, il y a le temps où on est avec son instrument ou avec d’autres musiciens à répéter, à composer. On peut le qualifier de temps de travail. Mais le temps de rumination mentale sur l’œuvre à venir, qui a lieu dans un train, au lavomatique ou en marchant, comment le nommer ? »

Je passe beaucoup de temps à essayer de ne pas oublier. 

L. Bentkowski

Les phrases qui surgissent inopinément, sous la douche par exemple, et qui relèvent déjà de l’écriture, sont aussi le quotidien de Louise Bentkowski, l’autrice de Constellucination. « Comme je n’ai pas toujours la possibilité de prendre des notes, j’essaie de retenir ce que j’ai en tête, dit-elle. Je passe beaucoup de temps à essayer de ne pas oublier. » Les moments les plus propices se situent le soir, après une journée bien remplie à accomplir tout autre chose. « Ces instants où l’écriture se concrétise sont assez brefs. Mais sans doute n’existeraient-ils pas s’il n’y avait pas eu tout ce que j’ai fait précédemment », ajoute celle qui est aussi metteuse en scène.

Un rêve, on ne peut pas le ranger dans un placard.

G. Clayssen

« Celles et ceux qui sont porteurs de projets, comme je le suis, explique Guillaume Clayssen, metteur en scène, sont porteurs d’un rêve. Or, un rêve, on ne peut pas le ranger dans un placard pour passer à autre chose. En ce qui me concerne, dans le temps dit 'libre', familial notamment, si tant est que le temps familial soit un temps vraiment libre – il est merveilleux mais aussi plein de contraintes –, émergent des visions, des images créatrices. »

Qui-vive et inconscient

Et Guillaume Clayssen, qui a un projet de spectacle sur le déni écologique, de prendre un exemple : « Je vais chercher mon fils de 8 ans à l’école. Il me pose une

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Culture
Temps de lecture : 8 minutes