En Roumanie, du vote antisystème au nationalisme

Après un premier tour inattendu lors de la présidentielle, qui a vu la coalition de gauche battue au profit d’un candidat prorusse, les sociaux-démocrates sont arrivés en tête des législatives le dimanche suivant, suivis de près par l’extrême droite. Le second tour de la présidentielle a été annulé par la Cour constitutionnelle ce 6 décembre.

Hervé Bossy (collectif Focus)  • 4 décembre 2024 abonné·es
En Roumanie, du vote antisystème au nationalisme
Călin Georgescu a mené une campagne anti-occidentale.
© Andrei Pungovschi / Getty Images / AFP

Mise à jour le 6 décembre

La Cour constitutionnelle a décidé ce vendredi 6 décembre d’annuler l’élection présidentielle en Roumanie, dont le premier tour contesté avait eu lieu le 24 novembre. Le second tour devait se dérouler dimanche. Des informations déclassifiées affirmaient que la Russie avait mené une campagne en ligne pour promouvoir Călin Georgescu, aux positions pro-russes.

Quasi invisible dans les sondages, absent des médias traditionnels et principalement porté par TikTok, Călin Georgescu a créé la surprise en se plaçant en tête du premier tour de l’élection présidentielle roumaine, le 24 novembre. Les législatives du 1er décembre ont confirmé l’ascension éclair de l’extrême droite populiste – qui a remporté près du tiers des sièges de l’Assemblée nationale.

Si cette tendance politique était restée marginale depuis l’intégration de la Roumanie à l’Union européenne en 2007, le pays avait cependant vu émerger en 2019 le parti AUR (Alliance pour l’unité des Roumains), sous la direction de George Simion. Ce parti conservateur, aux tendances prorusses, avait lui aussi créé la surprise en obtenant près de 10 % des voix aux législatives de 2020.

Depuis, l’AUR a doublé son score grâce à une stratégie consistant à cultiver un réseau d’élus locaux tout en modérant son message sur l’UE et l’Otan. « En voulant se normaliser pour gagner en crédibilité, l’AUR a laissé la voie libre à l’émergence et à la structuration de courants plus radicaux », explique Sergiu Miscoiu, professeur de sciences politiques à l’université Babeș-Bolyai de Cluj-Napoca.

La peur d’une possible implication de la Roumanie dans la guerre en Ukraine a été un élément central du vote pour Georgescu.

V.S. Cosma

Ces courants sont incarnés par le parti SOS Roumanie, conduit par Diana Șoșoacă, qui adopte une position et une rhétorique anti-occidentale et prorusse ; mais aussi par Călin Georgescu, grand vainqueur du premier tour, et son Parti de la Jeunesse (POT). Ce dernier pourrait obtenir la présidence du pays le 8 décembre, mais les trois partis d’extrême droite, qui ont récolté plus de 35 % des voix aux législatives, pourraient être en mesure de former un gouvernement.

« Ces résultats s’expliquent en partie par un désir des électeurs de sanctionner les partis au pouvoir », poursuit Sergiu Mişcoiu. Depuis trois décennies, les deux partis dominants, le Parti social-démocrate (PSD, de centre gauche) et le Parti national libéral (PNL, de centre droit)  accumulent les scandales de corruption, de népotisme et d’opacité dans la gestion des fonds publics.

Leur décision de se partager le pouvoir au sein

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