Face aux manœuvres élyséennes, l’unité du Nouveau Front populaire sur un fil
Les malentendus et les divergences stratégiques au sein de l’alliance de gauche fragilisent toujours sa capacité à se rendre audible. En toile de fond, une lutte entre socialistes et insoumis.

© Thomas SAMSON / AFP
Et si c’était le début de la fin ? Au sein du Nouveau Front populaire (NFP), l’ambiance n’est pas au beau fixe. Pourtant, toutes les composantes de l’alliance partagent officiellement la même revendication : la nomination d’un premier ministre issu du Nouveau Front populaire (NFP). Socialistes, insoumis, écologistes et communistes seraient donc alignés. Encore faut-il lire les conditions générales d'utilisation de l’union. Car ce sont dans les non-dits et les petits malentendus que se cachent, peut-être, les fractures à venir.
Retour au 6 décembre. Sur Franceinfo quelques heures avant son rendez-vous avec Emmanuel Macron, le premier secrétaire socialiste, Olivier Faure, se dit prêt à faire des « concessions réciproques » avec le camp présidentiel et conditionne l’abrogation de la réforme des retraites à son financement, ignorant ainsi le programme économique du NFP et se rapprochant de la proposition du député Jérôme Guedj, qui plaide pour un gel de la réforme jusqu'en 2027. Une nouvelle prise de distance avec la ligne historique du NFP.
La veille, Olivier Faure, Boris Vallaud, chef de file des députés du Parti socialiste (PS), et Patrick Kanner, président des sénateurs roses, ont envoyé une lettre à Emmanuel Macron, lui demandant une discussion avec toutes les forces qui ont fait appel au barrage républicain entre les deux tours des législatives de juin dernier et reconnaissant que la situation politique exigeait de « revenir à quelques idées simples ».
Une déclaration se rapprochant de la proposition de Cyrielle Chatelain, présidente du groupe Écologiste et social à l’Assemblée, qui plaide pour l’application d’un programme d’action autour de onze priorités comme l’abrogation de la réforme des retraites, l’interdiction des licenciements boursiers ou la revalorisation du Smic. Un pas de côté par rapport au slogan « Tout le programme, rien que le programme » des insoumis.
Discuter ou pas ?Au sein des troupes de Jean-Luc Mélenchon, on voit dans les déclarations d’Olivier Faure une volonté de remettre en question le programme commun, voire de vouloir extraire le PS de l’alliance des gauches. Certains insoumis le soupçonnent même d’espérer pouvoir marchander avec Emmanuel Macron pour obtenir des postes ministériels dans le gouvernement « d’intérêt général » dont rêve le chef de l’État.
Nos alliés ont peur. Nous, c’est l’inverse, nous n’avons pas peur d’être dans un moment historique.
J-L. MélenchonPour les mélenchonistes, pas question de se rendre à l’Élysée pour négocier quelques mesurettes de gauche. « Nos alliés ont peur. Nous, c’est l’inverse, nous n’avons pas peur d’être dans un moment historique. Se rendent-ils compte de la contre-performance de ce qu’ils font ? Emmanuel Macron les instrumentalise et gagne des points à chaque heure qui passe », considère le triple candidat à la présidentielle ce 10 décembre, au lendemain d’une réunion publique à Redon (Ille-et-Vilaine).
Pourquoi répondre favorablement aux invitations lancées par Emmanuel Macron ? « Monsieur Macron est un problème. Il faut assumer le rapport de force pour exiger la nomination d’un premier ministre de gauche qui composera un gouvernement de gauche et appliquera et débattra d’un programme de gauche, lâche Hadrien Clouet, député LFI de Haute-Garonne. Pourquoi les socialistes s’entêtent-ils à faire du recyclage de macronistes ? Le bloc de gauche peut gouverner ce pays. Et ils sont en train de remettre en selle je-ne-sais-quel macroniste en fin de course. Il n’y a aucun compromis possible avec les macronistes. Tout cela
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